Christine est jalouse, susceptible, garce, rancunière... Et surtout, Christine n'est pas une femme, mais une voiture ! Une meurtrière ! Elle est née mauvaise, tout simplement, c'est ce qui est écrit sur l'affiche française du film. Et au-delà de cette indication, une question qui se posera à tous ceux qui voudront arrêter sa folie sanguinaire : Comment tuer ce qui n'est pas vivant ?

Christine

C'est ainsi que douze ans après Steven Spielberg, John Carpenter, maître de l'horreur, personnalisera à son tour l'automobile à travers son adaptation du roman éponyme de Stephen King, paru la même année. Un film devenu culte.

S.King

C'est pourtant sans réelle conviction qu'il s'attaque à ce long métrage de commande, à la suite de l'échec critique et commercial de "The Thing", qu'il considérait comme étant son meilleur film et qui est aujourd'hui considéré comme un chef-d'oeuvre. Mais revenons plutôt à Christine, parce que je tiens quand même à la vie et ne voudrais surtout pas qu'elle se vexe pour si peu...

Alors, "Christine", ça parle de quoi ? Eh bien c'est l'histoire d'une rencontre entre une voiture "habitée" par le mal et Arnie, un ado souffre-douleur qui va se trouver transcendé par cette rencontre. Peu à peu, "Christine" va le posséder, ils finiront par ne faire qu'un et élimineront tous ceux qui se mettront en travers de leur route.

Derrière ce synopsis, tout ce "packaging" fantastique , voire horrifique, et malgré ce manque de conviction évoqué plus haut, Carpenter va faire de cette adaptation un film très personnel, s'éloignant par là-même de l'aspect purement fantastique du bouquin. Mais s'il a des allures de teen-movie, il reste néanmoins fort heureusement très très éloigné d'une vulgaire comédie pour ados attardés. Certes, les thématiques touchant à l'adolescence comme les relations entre lycéens "caïds" et "binoclars", entre jeunes et adultes (la relation parents-enfants notamment), le mal-être, le besoin d'indépendance et d'affection, l'intérêt pour le beau-sexe sont bien présentes et reflètent celle du réalisateur lui-même, établissant ainsi un pont entre les générations en multipliant les références aux fifties : les standards musicaux que crachent la radio - pardon la bouche - de Christine, le blouson d'Arnie - son "amoureux transi" - qu'il arbore une fois transformé, renvoyant à celui de James Dean dans "La fureur de vivre"... 

La fureur de vivre

 Mais au-delà de ça, "Christine" est une métaphore filée de la passion, qui obsède, dévore, consume, détruit et suscite la jalousie. Avec une forte connotation sexuelle présente dès l'apparition à l'écran du titre où le sigle Plymouth peut être interprété comme un triangle vaginal. Le préambule, créé de toute pièce par Carpenter et absent du roman, nous montre d'une part une Christine très séductrice sur la chaîne de montage, et d'autre part son côté très sombre - il ne s'agit pas d'une Plymouth Fury 1958 pour rien - lorsqu'elle écrase la main de l’ouvrier qui la glissait sous « sa jupe ». Vingt ans plus tard, c'est un véritable coup de foudre qu'éprouvera Arnie, jeune ado complexé, lorsqu'il la croisera pour la première fois, pourtant dans un piteux état "physique". Coup de foudre réciproque, parce qu'il n'y a que lui qui perçoit sa beauté. Elle l'a ensorcelé, telle une Circé moderne. L’obsession bien connue des hommes pour leur voiture sera dès lors poussée à son paroxysme, avec d'autres allusions sexuelles qui émailleront le film. Les deux plus notables étant :

Christine -

-La scène "Show me" ("Montre-moi") dans laquelle Christine se reconstruit sous les yeux ébahis d'Arnie, s'apparentant à un strip-tease. 

-La "mise à mort" de Christine, littéralement violée par un Caterpillar qui va et vient sur sa belle carrosserie - scène également absente de l'oeuvre originelle de King.

Christine

Au final, que reste-t-il de Carpenter le maître de l'horreur et de la peur dans "Christine" ?

Bien que le réalisateur ait profondément édulcoré l'aspect fantastique du roman de King, en occultant notamment le cadavre zombifié de l’ancien propriétaire de Christine revenant hanter le héros et posséder la voiture (Carpenter ayant considéré que cela aurait trop rapproché son film du "Loup-garou de Londres", dans lequel un personnage semblable existe)  et en modifiant profondément la fin, l'exposition et la mise en scène de l'angoisse et de la peur restent fantastiques, avec un tempo qui ne faiblit jamais et un montage d’une très grande clarté, à grands coups de plans séquences incroyablement virtuoses.

Par ailleurs, plus de trente ans après sa sortie, les trucages sont toujours aussi remarquables, et la personnification de Christine à travers la manière de la filmer, ses attaques nocturnes introduites par des gros plans sur ses yeux-phares menaçants, habités d'une rage sans nom, et par une musique angoissante à souhait, composée par John Carpenter lui-même, exceptionnelles. D'où la nomination de ce long métrage au Festival du Film Fantastique d'Avoriaz en 1983.

Christine

Aujourd'hui, ce film compte encore beaucoup d'afficionados qui ont longtemps espéré un "Christine 2 : The Revenge" (un trailer créé par un fan tourne sur You tube). Et si Stephen King s'est dit déçu par l'adaptation de John Carpenter, ce film reste pour ses fans l'une des meilleures adaptations cinématographiques de l'auteur à ce jour.

John Carpenter's Christine (1983) -Fan Made Trailer-

 

"Christine : The Revenge" - Trailer VOSTFR (Fan Made)

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