Nous avons tous en tête une liste de maisons d’édition françaises, mais qu’en est-il de publier au Canada ? Pour traiter de cette question, je suis allée à la rencontre de Florence Cochet, auteure aux éditions Láska.

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Tu as mis un premier pied dans les éditions Láska grâce à un appel à texte, c’est bien cela ?
Exact. Il s’agissait d’un concours de nouvelles proposant une publication numérique, et « Premier sang » a obtenu le 2e prix.


Est-ce que cela veut dire qu’un AT peut ouvrir plus qu’une simple porte ?
Parfois, oui. J’apprécie les AT parce qu’ils permettent d’affûter sa plume sur des contraintes, de se frotter à un jugement éditorial, de temps à autre d’avoir un retour, et, parfois, d’entrer dans une maison d’éditions. 

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La série « Premier sang » en 5 épisodes est l’aboutissement d’un roman de fantasy imaginé il y a plus de 10 ans. Je serais tentée de déduire qu’il ne faut jamais désespérer. Avais-tu envoyé ton manuscrit à d’autres maisons ?
A l’époque, oui. Et il a été refusé partout. (En relisant cette 1re version, je comprends d’ailleurs pourquoi…)
"Par le sang" a subi 3 réécritures et un changement massif sur cette dernière version. Comme quoi, 1) il ne faut jamais désespérer (comme tu dis), 2) il ne faut pas hésiter à transformer son texte de fond en comble.

Peux-tu nous dire deux mots sur cette maison d’édition ? Elle ne publie que du numérique ? J’ai cru comprendre que tu appréciais beaucoup leur travail, la disponibilité et le professionnalisme de ton éditrice, mais que les corrections éditoriales t’avaient donné des sueurs. Est-ce que la différence de mentalité et leur parler particulier ont posé des soucis ?
Les éditions Láska sont une petite structure qui publie de la romance, au format numérique. (Edit : depuis juin ils éditent aussi sur papier).
J’apprécie en effet beaucoup Jeanne pour sa disponibilité et son sérieux. Les corrections éditoriales sont pointilleuses et ont vraiment permis d’améliorer le texte, autant du point de vue de la cohérence que du style.
Question « parler », non, aucune différence. J’ignore d’ailleurs si le lectorat est plus français ou canadien. Question mentalité, je n’ai pas vu de différence majeure (mais en même temps, je ne suis ni Française ni Canadienne, donc je regarde les choses "de l'extérieur"). Pour moi, à part les 6 heures de décalage, le système est similaire.
A mon sens, les différences viennent essentiellement de la manière de procéder des éditeurs, pas de leur localisation. 

Láska est une maison d'édition qui ne vend qu'à des "abonnés". Est-ce que ça restreint le lectorat potentiel et donc les ventes? 
En l’occurrence, Láska vendait sous deux formes : à l’unité ou à travers l’abonnement. Ce système a pris fin peu après la publication de « Premier sang » et maintenant seule demeure la vente « traditionnelle ». 
Ce qui, je pense, restreint plus le lectorat, c’est le « numérique uniquement ». Même les maisons vouées au numérique à leur création (Numeriklivres, L’Ivre-Book par exemple) ont développé par la suite des versions papier de leurs ouvrages.
Le fait d’être situé au Canada empêche aussi tout contact réel avec les auteurs européens et la présence sur les salons. Après, je ne peux pas encore comparer le nombre de ventes.

As-tu eu des retours des lecteurs de cette série ?
J’ai eu beaucoup de retours de blogueurs et quelques-uns de lecteurs. Dans l’ensemble, la série a été appréciée. Le dernier épisode, sorti il y a moins d’un mois, semble particulièrement satisfaire les lecteurs (ouf !).

Est-on aussi reconnu/lu en publiant du numérique au Canada qu’en France ?
Je ne pense pas avoir le recul nécessaire pour répondre… Et du reste, quels sont les critères de la reconnaissance ? Je crois qu’un lecteur qui apprécie un auteur a tendance à le suivre, quelle que soit la maison qui le publie (en tout cas, je fonctionne comme ça avec mes auteurs favoris). Je sais ainsi que les gens qui ont apprécié « Par le sang » ont souvent lu « Esprits enchaînés » ensuite. Après, je n’ai pas encore de chiffres de vente arrêtés, mais je suis encore un « bébé auteur », donc je reste raisonnable dans mes attentes. 

L’année 2015 aura vu 7 publications en solo et 3 en anthologies et tu as diminué ton temps de travail d’enseignante à 50% pour écrire davantage. Alors, écrivain, c’est rentable ?
Absolument pas (et j’ai ri en lisant la question) !
C’était une décision mûrement réfléchie après avoir établi un budget plus serré. Question droits d’auteur, en 2015, je n’ai pas dépassé les 400 euros. Un jour peut-être ?

Une fois que tu as écrit un texte, sous l’œil avisé de combien d’alpha et bêta-lecteurs est-il envoyé ?
Je passe par 2 alpha-lecteurs (ma meilleure amie et mon mari), qui s’en donnent à cœur joie. Ensuite, je corrige selon leurs remarques, puis le texte repart chez 5-6 bêta-lecteurs. Et hop, je retravaille.
Je remets beaucoup mon texte en question (parfois trop) et je ne me dis jamais que le lecteur n’a pas compris ce que je voulais dire. Le lecteur est roi, et s’il trébuche à un endroit, c’est qu’il y a un problème.

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Parlons de ton autre livre à présent. Le 19 février, tu as dédicacé à la librairie Cultura d’Annemasse "Esprits enchaînés", publié aux éditions Flammèches et le 26-27 février au salon Fantastique de Paris. Alors, comment c’était et qu’est-ce que cela fait ?
C’est très agréable de rencontrer le public. À Cultura, j'ai discuté avec des gens très sympathiques. (Et quelques mal élevés aussi...) L'avantage, c'est d'être le seul auteur en dédicace, donc le passant ne se "dissipe" pas entre plusieurs stands. L'inconvénient, c'est d'être le seul auteur en dédicace : le temps peut être long pendant les périodes de creux. (Pour moi, c'était un vendredi de vacances, donc pas énormément de monde. À voir comment le samedi 12 mars se déroulera...)
(Au passage, Cultura s’occupe très bien des auteurs en dédicace et il ne faut pas hésiter à passer les voir pour organiser quelque chose.)
Sur les salons, l’ambiance est différente. Le public vient pour fréquenter un événement. Au salon Fantastique, les gens se promènent en costume (certains étaient vraiment magnifiques), des animations égaient les heures. On voit de tout (et on a envie de tout acheter) : armes, armures, bijoux, jeux, nourriture, boissons (hmmm, l'hydromel), livres, dessins, peintures... L'inconvénient, c'est que les visiteurs ne viennent du coup pas forcément pour les livres. Donc les nombreux elfes, nains, fées et mages qui arpentent les allées ne riment pas forcément avec signatures. Par contre, on discute avec plein plein plein de gens différents. J’ai apprécié de rencontrer (enfin !) une grande partie de mes éditeurs et des auteurs que je connaissais virtuellement. Une expérience très sympathique et dépaysante, à réitérer.

Que nous réserves-tu pour 2016 ? 

- Ce sera une année moins chargée que 2015. Une nouvelle numérique, « Morgane des Fées » paraîtra en juillet chez Flammèche. C’est pour l’instant la seule publication prévue.
Mon manuscrit de romance contemporaine est parti à la recherche d’un éditeur… Maintenant, j’attends (et c’est toujours long, pour une impatiente comme moi).
Je travaille aussi sur un 2e épisode d’« Esprits enchaînés » et quelques autres idées me trottent dans la tête. Mais entre mes enfants, mon mari, mon boulot d’enseignante et le reste, je peine parfois à trouver du temps pour écrire. 
Un jour peut-être ?

Merci Florence d'avoir partagé ton expérience avec nous. Je te te souhaite plein succès pour cette année!

Le site de Florence Cochet : http://www.florence-cochet.com/
Sa page Facebook : https://www.facebook.com/cochet.flo
Les éditions Laska : http://romancefr.com/Klik-Asyne