Pourrais-tu nous dire en quelques mots de quoi parle ta nouvelle « Rue de Seine, côté du Midi »  ? 
Titrer la nouvelle « Le Tromblon » manquait cruellement d'âme et si je pratiquais le « Sans titre », je me retrouverais avec une tonne de nouvelles titrées « Sans titre » dans mes dossiers. Donc j'ai pris celui-là sur un coup de tête. C'est une référence aux plaques de rues gravées dans la pierre des catacombes.
En quelques mots ? Un homme trouve une malle dans une brocante. C'est la fin de journée, le brocanteur lui vend même le contenu de la malle : des bouteilles, un vieux tromblon… Il découvre dans ces bouteilles des extraits du journal d'un jeune un peu trop introspectif que sa petite amie initie aux profondeurs fêtardes de Paris et entraîne dans des expériences un peu ésotériques.

Qu’est-ce qui t’a donné l’idée de créer cette histoire ?
L'histoire est secondaire par rapport à la forme, à vrai dire.
Je fréquente un site anglophone d'écriture participative — surtout en tant que lecteur — et j'y ai lu un texte très court, en trois colonnes et deux couleurs, qui décrivait une scène où un type en tue un autre avec un pistolet. Leurs deux perspectives étaient entremêlées grâce à ce jeu typographique que j'ai voulu me réapproprier.
Le reste de l'histoire est venu plus ou moins tout seul à partir de ça. Et j'aime bien les scénarios denses et compliqués, d'où la double narration, triple même si on compte l'extrait de journal final.


Combien de temps t’a-t-il fallu pour l’écrire ?
Hum… Une après-midi pour décider de l'histoire, puis j'ai bouclé le texte en deux nuits — quelque chose comme cinq ou six heures en tout, donc.

Quelqu’un a relevé ton affection pour le souci du détail, est-ce que cela a une grande importance dans ton écriture ?
Aomphalos a apprécié le côté réaliste que ça donnait à la nouvelle. Et il est vrai que le réalisme, l'exactitude, la précision, sont des traits assez marqués de mes textes : heures, dates, géographie, lieux, considérations sociales un peu lourdingues parfois ; mes univers sont toujours très chargés en éléments (et ceux-ci portent avec eux toutes leurs conséquences) et le détail … Est-ce que c'est pour noyer le poisson, parce que j'ai l'impression de n'avoir jamais rien à raconter ? Ou pour mieux cacher le propos sous-jacent ? Je ne sais pas.
Pour “Rue de Seine…”, spécifiquement, le détail consistait à faire apparaître le thème « Informer » du concours de façon discrète. Comme le tromblon était déjà là, les gens n'ont pas cherché plus loin, je pense. Easter eggs! I love them. 

Qu’as-tu pensé des retours des commentateurs ? Attendais-tu autre chose d’eux ?
On attend des commentateurs qu'ils commentent, chacun avec sa personnalité et sa perspective. Je suis content que ça ait plu, en substance. Et puis Globy m'a carrément déclaré sa flamme, que peut-on bien attendre d'autre ?

Leurs avis vont-il te pousser à modifier certaines parties ?
Éventuellement. Mais bon, j'ai tendance à ne pas reprendre mes nouvelles, par la suite. Malgré tout, j'ai noté dans mes notes de reprise qu'il faudrait affiner un peu l'histoire, rendre plus explicites les enjeux et effacer les maladresses dans les passages au format atypique.

Est-ce que gagner à un concours est un moteur ou tu n’as pas besoin de cela pour écrire ?
Nah, j'écris pour le plus pur et altier plaisir d'écrire, comme beaucoup ici ! ;D Non, c'était sarcastique (mais ne visait personne en particulier ; qu'on ne s'en offusque pas). Bien sûr que le concours, et a fortiori le gagner, est un moteur : ça permet de donner une dimension très concrète à mon activité d'écriture.
Écrire “sans raison” me donne l'impression d'écrire dans le vide, et je n'aime pas ça. Il me faut des objectifs concrets et abstraits à atteindre pour que je me décide à essayer de les atteindre. Je suis quelqu'un de paresseux. Heureusement que JE et les jeux d'écriture sont là, sinon, j'attendrais d'avoir écrit mon grand-œuvre dans une crise de somnambulisme.

Notons que tu écris des nouvelles, mais également des textes courts pour « le jeu des 10 mots » et pour « la Roulette russe ». Qu’en retires-tu ?
Ce sont des exercices que je m'impose. En plus des commentaires que je reçois (et que je prends en compte, même si mes tirets cadratins et mes phrases à rallonge disent le contraire — valeur affective, j'suis dépendant, m'voyez ?), j'ai mes objectifs derrière : écrire plus spontanément mes premiers jets, expérimenter sur la forme pour voir quelles sont mes préconceptions sur les genres, les styles, les dialogues, etc. Au-delà des scénarios que j'aime très complexes, je suis un tantinet — très ? — cérébral à propos de l'écriture. Mais je me guéris — un peu.
La Roulette me permet d'affiner mon « inspiration », c'est-à-dire d'être plus vif et plus créatif quand il s'agit d'interpréter un thème ou une contrainte. Les Dix mots sont plus un exercice où le but est de créer une « bulle d'univers » cohérente et très dense en très peu de mots. Je n'aime pas partir de rien, il me faut un point central, et ce sont tous ces “text prompts” qui me l'offrent. Je pourrais me filer mes propres contraintes, hein, mais je suis flemmard. (Et surtout, les contraintes que je m'invente moi-même sont pourries. Celles des autres (ou d'un bot aléatoire sur Internet…) apportent un élément extérieur).

Tu fais partie de l’amical des commentateurs. As-tu toujours un faible pour la SF, le cyberpunk, le satirique et le méta ? Dans ces domaines justement, quels récits des membres du forum JE ont ta préférence ?
Oui, toujours. Encore que le cyberpunk, je sois un peu passé au-dessus maintenant. C'était ma période NeuromancerBlade Runner, ce moment-là. Et le satirique, huh… Bon, c'est marrant cinq minutes. Mais toute la SF, c'est un peu la terre mère, j'y reviendrai toujours.
Sur JE, y a pas de méta. Ou les gens le cachent. Si des gens trouvent du méta sur JE, sachez que je mets une prime pour leur capture — mort ou vif, 200 unités de sympathie.
Je ne lis clairement pas assez sur JE, pas pour suivre les scénarios bien à fond, mais de ce que j'ai grappillé : Nillac (La Cité du vide), Bob (Décohérences), Dromar (In Nomine Chai).

Un dernier mot peut-être pour nous parler de ton roman « Sienna » ?
Ça parle de deux sceptiques et deux magiciennes qui cherchent un grimoire surpuissant, un grimoire pour les contrôler tous. C'est un projet qui a jailli soudainement quelques semaines avant le NaNo et j'ai manqué de temps pour le faire mûrir pleinement, du coup, je suis un peu bloqué. Je n'ai pas encore trouvé la bonne formule, celle qui convient au scénario et permet de faire ce que je voulais à la base : un roman inspiré de l'urban-fantasy, en plus sombre et plus « réaliste » surtout dans son approche de la magie…
Avec une petite touch de saga épique islandaise, aussi.

 

Merci d’avoir répondu à ces quelques questions Raven, bonne continuation dans l’écriture et si vous désirez retrouver son texte, c’est ici : http://jeunesecrivains.superforum.fr/t43433-concours-50-les-nouvellesKlik-Asyne