Jodie Foster et ses enfants, Golden Globes 2013

Jodie Foster (1962-...), de son vrai nom Alicia Christian Foster, est, avec Vanessa Paradis, l'artiste féminine qui m'influence le plus dans l'écriture de mes oeuvres. C'est à elle que j'ai pensé, même si elle ne lui ressemble pas vraiment physiquement, lorsque j'ai créé Marina, l'héroïne de mon roman "Shooting Brake", et Jodie est un prénom que j'ai utilisé par deux fois dans deux de mes nouvelles, extrêmement importantes pour moi.

Vanessa, Jodie... De prime abord, on pourrait croire qu'elles n'ont aucun point commun et pourtant... Pourtant, elles ont débuté toutes deux très jeunes leur carrière sans jamais avoir pris de cours d'arts dramatiques, ont choisi, à un moment de leur vie, de privilégier leurs enfants plutôt que leur métier (au point de rater quelques opportunités), et ne tournent que dans des films auxquels elles croient, qu'elles défendent becs et ongles.

Mais la comparaison s'arrête là, car si Miss Paradis a dû arrêter très tôt le lycée à cause de sa célébrité et d'un emploi du temps peu compatible avec le rythme scolaire, Madame Foster (eh oui, Jodie est mariée mais j'y reviendrai dans la troisième partie de cet article), qui savait lire dès l'âge de 3 ans, est diplômée du lycée français de Los Angeles en 1980 et décroche une maîtrise en littérature en 1985 alors qu'elle a débuté sa carrière d'actrice 17 ans plus tôt, en 1968 (elle était alors toute gamine).

La plus francophile des actrices américaines

Francophile accomplie, elle parle parfaitement notre langue, sans aucun accent, et tient à réaliser elle-même les doublages en français de ses personnages, à quelques rares exceptions près pour des raisons de calendrier. C'est ainsi que dans une interview accordée à Michel Denisot (sur Canal Plus) en 2005, à l'occasion de la sortie de Flight Plan,  elle confirme son amour pour notre pays, notre culture, et confie même qu'adolescente, elle allait voir au ciné, accompagnée de sa mère non francophone, les films hexagonaux en VO et les lui racontait ensuite.

 Au cours de sa carrière, elle tournera d'ailleurs dans deux longs métrages français : Moi, fleur bleue (1977) d'Eric Le Hung, dont elle interprète, à l'âge de 15 ans, la chanson générique Je t'attends depuis la nuit des temps ; et Un long dimanche de fiançailles (2004) de Jean-Pierre Jeunet.

Et à  son propos , l'actrice ne tarissait pas d'éloges sur le réalisateur du Fabuleux destin d'Amélie Poulain (rôle décliné par Vanessa Paradis - quand je vous disais qu'elles avaient des points communs...) et leur collaboration :

"Pour moi, jouer dans ce film, c'était un régal, comme un dessert ! J'avais rencontré Jean-Pierre Jeunet pour lui dire, tout simplement, que j'avais envie de jouer dans l'un de ses films : « Peu importe le personnage, si vous faites un film, vous m'appelez, et s'il y a un personnage pour moi, j'adorerais le faire ! » C'était génial de faire partie de ce tournage, de voir comment Jean-Pierre Jeunet travaillait, comment il voyait les choses derrière la caméra. C'est vraiment un visionnaire. Et puis il est sympa, aussi !"

Premières rencontres d'importance : Scorcese et De Niro

Après 4 ans de spots publicitaires, elle tourne dès 1968 dans plusieurs productions Disney pour la télévision. Préadolescente prometteuse, elle compte ensuite de nombreuses productions hollywoodiennes à son actif avant sa première collaboration avec Martin Scorcese en 1974 dans Alice n'est plus ici.

Marqué par sa prestation, le cinéaste lui offrira un rôle qui va bouleverser sa vision du métier d'acteur, notamment grâce à sa rencontre avec Robert De Niro : celui de la jeune prostituée dans Taxi Driver en 1976.

J.Foster dans Taxi Driver

« Quand j'étais jeune, je ne comprenais pas vraiment ce qu'était le métier d'acteur. Je pensais que c'était un peu un métier d'idiot. J'avais l'impression que la seule chose à faire était de lire des lignes que quelqu'un d'autre avait écrites, juste de les lire assez naturellement. C'est tout. (...) Mais lorsque Robert  (De Niro) a décidé de s'occuper de moi, de me prendre sous son aile, j'ai compris qu'être comédien était quelque chose de complètement différent. J'ai compris qu'il fallait construire un personnage."

C'est grâce à ce rôle qu'elle montera les marches du palais du Festival de Cannes pour la première fois (Taxi Driver remporta la Palme d'Or cette année-là). En 1977, elle sera même nommée pour l'Oscar du meilleur second rôle pour sa prestation dans ce long métrage. Jolie performance pour une ado !

Un Oscar pour le rôle le plus difficile de sa carrière

En 1988, elle tourne dans Les Accusés, de Jonathan Kaplan. Adapté d'une histoire vraie, Jodie Foster y campe le rôle d'une jeune femme qui se fait violer, un soir, dans un bar par trois hommes, sous l'œil complaisant des autres clients. Assistée d'une avocate (Kelly McGillis, elle-même victime d'un viol en 1982), elle poursuivra ses agresseurs en justice et parviendra à retrouver sa dignité.

Bien que la scène du viol soit occultée de l'ouverture de ce long métrage (on ne la voit que bien plus tard), le réalisateur a souhaité débuter le tournage par cette scène, particulièrement éprouvante, afin que Jodie entre tout de suite dans son personnage et comprenne d'emblée sa douleur. 

L'actrice avouera plus tard que c'est le rôle le plus dur qu'elle ait eu à jouer. 

« C'est le film où j'ai le sentiment d'être allée le plus loin. C'était un sujet très difficile. Premièrement, parce qu'il parle du viol. Pour toutes les femmes, surtout quand on est jeune, c'est une peur immense dont on a du mal à parler. Deuxièmement, parce qu'on ne peut pas vraiment se préparer pour un rôle comme celui-là. (...)  j'avais relu le livre avant, ce qui, pour moi, est généralement un signe de peur. Je n'étais pas vraiment préparée pour ce que j'allais vivre émotionnellement pendant le tournage.»

Son travail sera néanmoins récompensé par un Oscar et un Golden Globe pour sa performance dans ce film, qui est à mon sens le meilleur que j'ai pu voir sur le sujet, réaliste et sans voyeurisme malsain, contrairement à d'autres.

Le silence des agneaux : le film qui boostera sa notoriété internationale

3 ans plus tard, Jodie Foster joue dans ce qui deviendra très vite un monument du 7ème Art et la référence des thrillers : Le silence des agneaux, dernier film en date à avoir raflé les 5 Oscars majeurs. Elle y campe le rôle de Clarice Starling (refusé par Michelle Pfeiffer), jeune agent du FBI chargée d'interroger le psychopathe Hannibal Lecter (Anthony Hopkins) dans le cadre d'une enquête sur une série de meurtres.

Adapté du deuxième opus de la désormais célèbre tétralogie de Thomas Harris, la préparation de ce long métrage se fait dans un grand souci de réalisme. Ainsi, l'actrice passa beaucoup de temps avec les agents du FBI pour se familiariser avec leur univers, leur état d'esprit et leurs techniques.

Le Silence des Agneaux

Un travail qui s'avérera une fois encore payant puisqu'elle décrochera à nouveau un Oscar et un Golden Globe pour ce rôle.

Pourtant, et à la surprise générale, notamment celle de son partenaire Anthony Hopkins, elle refusera de tourner dans le second volet, intitulé Hannibal. Elle s'en expliquera dans le magazine W :

« Je gagnerais plus d'argent en tournant "Hannibal". Mais à quoi bon, s'il trahit Clarice, qui est pour moi, d'une façon étrange, une personne à part entière. Le film fonctionnait parce que les gens croyaient en son héroïsme. Je ne l'interpréterai pas avec des attributs négatifs qu'elle n'a jamais eus. »

 Actrice majeure du cinéma américain contemporain, je vous invite à poursuivre la découverte de l'artiste et de la femme dans la seconde partie de ce Focus sur...

Klik-Aventador