Pour cette ultime partie de ce Focus sur Jodie Foster, j'ai décidé d'orienter l'éclairage sur la personnalité de l'actrice, ce qui la touche vraiment et fait d'elle la femme qu'elle est. Parce qu'en tant que réalisatrice, elle va s'éloigner des sentiers battus pour s'attaquer aux sujets qui lui tiennent à coeur : la solitude, les enfants prodiges, la surmédiatisation des individus et le temps qui passe.

Le Petit Homme (1991), sa première réalisation

Pour son premier film à la fois devant et derrière la caméra, Jodie a choisi de traiter d'un sujet qu'elle connaît bien : les enfants surdoués (ou prodiges puisqu'elle ne s'estime pas surdouée) et la solitude à laquelle ils sont confrontés. La solitude, c'est aussi celle qu'elle a vécue, non seulement en tant qu'enfant-star, mais aussi à cause d'un père plutôt absent.

Lors d'une interview pour le journal de 20 heures sur France 2, à l'occasion de la sortie du long métrage de science-fiction "intellectuelle" Contact, de Robert Zemeckis, en 1997, Bruno Masure lui demande, à la lumière du film Le Petit Homme, s'il est bien de confier son enfant surdoué à une institution. Et elle répond ainsi :

« Je ne sais pas, c'est une grande question. Certainement, les enfants surdoués ou les enfants prodiges comme on dit sont un cas spécial, et doivent être traités d'une façon un petit peu différente parce qu'ils se retrouvent solitaires dans la vie. C'est surtout ce thème-là qui m'intéressait : le thème du solitaire. Le prodige qui est solitaire parce qu'il doit sauver le monde. C'est lui qui dit deux plus deux égalent cinq, et donc il va pas être très populaire. À la fin, il arrive à équilibrer les deux côtés de sa vie, c'est-à-dire le côté intellectuel et émotionnel. Il arrive à se dire qu'il est différent, mais que ce n'est peut-être pas si mal de l'être. »

Jodie Foster

Le Complexe du Castor, la solitude toujours...

Avec Le Complexe du Castor, long métrage dans lequel elle partage l'affiche avec son ami Mel Gibson, Jodie Foster revient, pour sa troisième réalisation, sur le thème de la solitude mais à travers un prisme différent. L'acteur d'origine irlando-australienne y campe un maniaco-dépressif viré de chez lui par sa femme (Jodie) pour protéger leurs enfants de son influence néfaste. Cet homme va s'accrocher malgré lui à une marionnette de castor trouvée par hasard ; elle va devenir petit à petit son sauveur et l'empêcher d'en arriver à mettre un terme à sa vie. Il utilisera cette marionnette comme une personnalité à part entière, lui permettant d'extérioriser toute la détresse qu'il a en lui, toutes les choses qu'il n'ose pas dire à son entourage. Sauf qu'il ne pourra plus s'en passer, vivre sans elle...

Elle l'évoque brièvement ici, lors d'une interview donnée à l'issue de la cérémonie des Césars 2011, tout comme elle évoque le tournage de Carnage de Roman Polanski, alors en cours, et le cinéma d'une manière plus générale.

 Présenté hors compétition lors du festival de Cannes 2011, 35 ans après la première montée des marches de l'actrice-réalisatrice pour Taxi Driver, Le Complexe du Castor fera un flop en salle et ne couvrira pas les frais de production et de promotion qu'il a engendré.

Cannes à nouveau cette année, pour Money Monster

La présentation au festival de Cannes de son quatrième long métrage en tant que réalisatrice la renvoie forcément à l'adolescente qu'elle était en 1976, parce que c'est clairement une question existentielle qui sous-tend l'intrigue de Money Monster : l'utilisation intelligente du temps qu'on passe sur terre en tant qu'humain, savoir ce qu'on a réellement fait de notre vie, s'il en ressort quelque chose de valable. Jodie explique d'ailleurs très bien son intention : « Le centre du film n’est pas tant la crise financière de 2008 que le drame d’un individu pris en otage, en pleine crise spirituelle, quelqu’un qui ne sait plus qui il est, ce qu’il vaut. Et cette interrogation vaut autant pour lui que pour moi. »*

Difficile donc de ne pas regarder en arrière, lorsqu'à 13 ans et des poussières, au sein de ce même festival, elle était la seule à accorder des interviews, monter au créneau et défendre un Taxi Driver vilipendé par la critique pour sa violence. Et ce alors même que la production du film n'avait pas jugé utile de l'y convier (c'est sa mère qui lui paya le billet d'avion).

Jodie Foster à Cannes, 1976

« Les autres étaient planqués, tandis que j’étais en plein centre-ville : j’étais donc la seule personne du film qui se montrait. C’était fantastique. Ma mère me voyait déjà comme une fille plus âgée que mes 13 ans et ma carrière était assez singulière, mais là, je me suis vraiment sentie une actrice comme les autres.»*

Actrice... Cela suppose une vie de star surexposée. Dans un monde où l'individu est de plus en plus hyper-médiatisé, à travers internet et les réseaux sociaux. C'est aussi cela que dénonce Money Monster, avec une prise d'otage en direct live sur un plateau de télévision.
Actrice... Un métier qu'aujourd'hui Jodie ne choisirait pas.
«Cette carrière que j’ai eue, je n’en voudrais pas désormais. Je n’aurais même pas envie de devenir actrice. Je ne pourrais pas supporter l’absence de vie privée. Dans les années 1970, je pouvais tranquillement compartimenter les choses dans ma vie, c’est impossible aujourd’hui. Je suis frappée de voir que les gamins ne ­comprennent pas qu’on ne soit pas sur Facebook. Ou que l’on ne veuille pas prendre un selfie toutes les cinq minutes. Si j’allais à l’université aujourd’hui, on ne me laisserait pas tranquille, je serais scrutée par la terre entière. “Money Monster” parle de ça, c’est un film sur la technologie, pour le meilleur et pour le pire. »*
Des paroles qui résonnent comme un vrai regret, peut-être celui d'en avoir trop dit sur sa vie personnelle lors des Golden Globes 2013, au vu des conséquences médiatiques véhiculés par la presse people qui en découlent, notamment sur les pronostics de paternité de ses deux enfants.
Golden Globes 2013, le "coming-out"
Janvier 2013. A la surprise générale, alors qu'elle est récompensée pour l'ensemble de sa carrière lors de la cérémonie des Golden Globes, Jodie Foster, d'ordinaire si discrète, lève le voile, non sans humour, sur un pan de sa vie privée à travers un discours très émouvant : «Je veux dire quelque chose que je n’ai jamais vraiment été capable de dire en public… Une déclaration qui me rend un peu nerveuse, mais peut-être pas aussi nerveuse que mon agent maintenant. (...) Ça aurait pu être un grand discours de coming-out. Mais j'ai fait mon coming-out il y a mille ans, à l'Age de Pierre, dans ces jours désuets où une jeune fille fragile s'ouvrait à des amis en qui elle avait confiance, à sa famille, à ses collègues et puis graduellement à tous ceux qui la connaissaient, à tout le monde qu'elle rencontrait, en fait. (...) Je ne pourrais en aucune façon être ici sans remercier l'un des plus grands amours de ma vie : mon héroïque co-parent, ex-compagne et surtout mon âme soeur, ma conseillère, (...) ma BFF (Best Friend Forever) depuis 20 ans, Cydney Bernard (ndlr : elles se sont séparées en 2008). Merci Cyd. Je suis si fière de notre famille moderne, nos merveilleux fils, Charlie et Kit qui sont ma raison de respirer.»*
Autre personne remerciée dans ce discours : Mel Gibson, ami fidèle que Jodie qualifie de sauveur. 
De fait, suite à ces "révélations", la presse people n'a de cesse que de débusquer l'identité du père biologique des enfants de la comédienne-réalisatrice. Bien sûr, le beau Mel arrive en tête de liste, mais d'autres sources pencheraient plutôt pour un producteur hollywoodien aujourd'hui décédé, mais jadis très épris de Jodie (et on le comprend). Ce serait par amour pour elle qu'il aurait, à sa demande, gardé jalousement le secret de cette paternité. A moins que Charlie et Kit n'aient été adoptés. Bref, l'énigme la plus secrète de la planète ciné n'est pas prête d'être révélé au grand jour, sauf si Madame Foster se décide à dévoiler le nom du papa à la majorité de ses fils (à l'âge de 21 ans), comme semble le penser certains "journalistes"...
Madame Foster, oui, puisqu'elle a épousé la photographe Alexandra Hedison en 2014.

Octobre 2013, A.Hedison & J.Foster (à gauche)

Quand je vous disais qu'elle était atypique, Jodie !

 

* Cannes 2016 : propos de Jodie Foster selon lemonde.fr

* Golden Globes 2013 : extrait du discours de Jodie Foster selon parismatch.com

Klik-Aventador