86267842_p

Romy Schneider (1938-1982) / Patrick Dewaere (1947-1982), deux acteurs emblématiques, des seventies notamment.

Deux vraies références pour la jeune génération qui débute aujourd'hui sous les feux des projecteurs, 34 ans après leur disparition.

Deux modèles.

D'ailleurs, s'il existe un prix Patrick Dewaere (succédant au prix Jean Gabin en 2007) comme il existe un prix Romy Schneider (depuis 1984) récompensant les meilleurs espoirs masculins ou féminins du cinéma francophone, ce n'est pas un hasard. Ces deux comédiens, aux trajectoires cinématographiques pourtant fort distinctes, ont, chacun à leur manière, une même intensité, une même implication émotionnelle dans leur jeu d'acteur, à fleur de peau, rendant ainsi leur interprétation d'une justesse confondante. Jusqu'à parfois se perdre eux-mêmes dans leur rôle et mêler la réalité à la fiction.

A propos de son jeu, Patrick Deweare disait refuser de "faire semblant". Selon lui, "faire semblant" serait plus simple, et même une forme de paresse. Il affirmait, dans une interview donnée à la journaliste Sophie Dumoulin à l'issue du tournage du film F... comme Fairbanks, littéralement vivre les émotions du personnage et agir en fonction du rôle. Toutefois, il réfutait la notion d'improvisation et confirmait un choix délibéré, une réflexion et une certaine préparation par rapport à ses rôles.

De son côté, Romy a eu conscience très tôt de l'aspect vampirisant de son métier. Dès 1954 et ses débuts dans Sissi. C'est ainsi qu'elle le relata dans son journal intime :

"A vrai dire c'est un sale métier d'être actrice de cinéma.
Actrice ! Il faut s'y donner de tout son cœur. Et, à un autre moment, il ne faut pas. On est assis ou debout, on crie, on pleure. Il faut se laisser aller, vivre la situation si on veut bien la rendre. En même temps, il faut garder ses distances, ne pas perdre la tête.
Je sais que je peux m'identifier au personnage que j'interprète.
C'est comme un poison qu'on avale, auquel on s'habitue et qu'on maudit en même temps."*

600full-romy-schneider2

Romy, Deweare. 9 ans les séparent. Ils ne se sont jamais côtoyés, ils n'ont jamais joué ensemble, ils n'appartenaient pas à la même famille artistique, et pourtant de nombreux points communs, plutôt troublants, vont les conduire vers un même destin aussi funeste que tragique. Deux vies jalonnées de drames et de mal-être qui prendront fin la même année, en 1982.

Enfants de la balle, ils voudront rapidement s'affranchir de leur héritage artistique

Patrick Deweare, né Bourdeaux, est le fils de l'actrice Mado Maurin, et fait très vite partie de la troupe familiale (composée notamment de ses frères et lui-même) : "Les petits Maurin" qui collabore à de nombreux films, téléfilms, feuilletons télévisés et représentations théâtrales ou radiophoniques de l'époque. Patrick débute sur les planches dès l'âge de 3 ans au théâtre de Chaillot. Mais après une trentaine de pièces de théâtre et de téléfilms à succès pour l'ORTF, il décide de prendre le large par rapport à sa famille au sein de laquelle il ne se sent être qu'un numéro, à son passé de "comédien embourgeoisé". Dès 1964 (il a alors 17 ans), il adopte le pseudonyme de Patrick de Waëre, composé à partir du patronyme marital de son arrière-grand-mère maternelle : Devaëre. Quelque temps plus tard, il adoptera finalement le nom de Dewaere comme pseudonyme définitif.

th (2)

En 1968, dans une interview donnée à la revue Télé 7 jours, à propos de son détachement par rapport à sa filiation avec "Les petits Maurin", il avouera ceci : "Je veux faire peau neuve complètement et repartir à zéro. Mon passé, je ne le porte pas comme un panache mais je le traîne comme un boulet ." Pourquoi un tel désir de détachement, me direz-vous ? D'une part parce qu'il apprend tout à fait fortuitement, à l'âge de 17 ans, qu'il n'est pas le fils biologique de l'homme qui l'a reconnu. Et d'autre part parce qu'il aurait été abusé sexuellement alors qu'il était enfant. Deux blessures profondes qui le marqueront durablement et qui rendront difficiles, pour ne pas dire violentes, ses relations avec sa mère.

Quant à Romy Schneider, née Rosemarie Albach, elle est la fille de deux célèbres acteurs Magda Schneider et Wolf Albach. Très marquée par le divorce de ses parents alors qu'elle n'a que 7 ans, elle ne s'entendra jamais avec son beau-père, qu'elle ne désignera jamais autrement que par cette périphrase : "le deuxième mari de ma mère". Néanmoins très admirative de cette dernière, elle rêve de marcher dans son sillage et de devenir comédienne à son tour. L'occasion lui en sera donnée en 1953 (elle a alors 15 ans) aux côtés de sa mère dans le film Lilas blancs, qui connaît un succès immédiat et relance la carrière de Magda Schneider, déclinante depuis la fin du régime nazi.

Quelques rôles plus tard, ce sera la consécration avec Sissi et ses deux suites, que Romy tournera avec réticence. Dès le second opus, elle comprend difficilement l'utilité de tourner une suite au premier Sissi, se sentant de plus en plus étrangère à ce personnage idéalisé. Mais sous la pression de sa mère, qui prend en charge sa carrière et parvient à s'imposer aux côtés de sa fille auprès des réalisateurs, elle accepte. Toutefois, au grand dam de son agent, de son beau-père - qui utilise les cachets de la jeune actrice à des fins personnelles, et de sa mère - qui n'aurait aucun rôle sans la présence de sa fille à l'affiche, Romy refuse un quatrième Sissi, même pour la fortune colossale qu'on lui propose alors pour reprendre son rôle.

"Je me sentais étiquetée, et rien n'est plus dangereux pour une actrice que de porter une étiquette au front.
Mon étiquette s'appelait Sissi.
Personne ne voulait croire que je puisse être quelqu'un d'autre."*

Première scission entre la mère et la fille donc, en 1957, lorsque la jeune femme se rebelle et décide de choisir elle-même ses rôles.

romy_schneider_reference

Le second choc, c'est la rencontre avec Alain Delon en 1958, sur le tournage de Christine, leurs fiançailles dans la foulée, et surtout l'installation de Romy avec lui à Paris, s'émancipant ainsi définitivement de son éducation bourgeoise et de l'influence de sa mère.

Le troisième choc aura lieu plus tard, lorsqu'elle se rendra compte que Magda Schneider était très liée au régime nazi, et même à Goebbels et Hitler. Elle en sera bouleversée et tentera toute sa vie de laver cet affront, cette honte coupable, dont elle n'est pourtant pas fautive, en se convertissant au judaïsme (elle baptisera ses deux enfants de prénoms de tradition hébraïque : David et Sarah ; elle sera inhumée portant à son cou une étoile de David), en tournant également dans deux films dénonçant la barbarie nazie : Le vieux fusil et La passante du Sans-Souci, long métrage qui lui tient vraiment à coeur et pour lequel elle se battra afin qu'il voie le jour et qu'elle n'en soit pas évincée.

Conséquences : à partir du début des années 70, les relations mére-fille se distendent au point de devenir inexistantes. Point d'orgue de cette distanciation qui se transforme en haine : Magda Schneider ignorera purement et simplement les obsèques de Romy. Elle en sera symboliquement la grande absente.

A suivre...

 * source : Moi, Romy, autobiographie basée sur le journal intime de l'actrice.

Klik-Aventador