La romance, Fifty Shades of Grey, ce genre de trucs...

 

JE-lecturesQu’est-ce que sex ?

Florence Cochet, déjà l’auteure d’Esprits Enchaînés paru aux éditions Flammèche et de la série Par le Sang aux éditions Laskà, délaisse le fantastique pour nous offrir une romance érotique intitulée La Domination des Sens. (Avoue ça en jette, hein. Ça sent la chambre rouge et les coups de fouet)

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Le pitch ? Simple. Un poil vu et revu, mais je le mets quand même. Elsa, meuf banale, obsède Adam Garamont riche-entrepreneur-sexy-de-ouf. Le gonz lui propose un contrat (qu’elle ne peut refuser parce que bon, le besoin de thunes, tout ça), celui d’être à son service pour cinq week-ends.

Le but ? Se désintoxiquer. Un week-end, un sens. D’où le titre en fait. Pour dominer ses sens, Adam va devoir y succomber. Façon Oscar Wilde, t’sais.

Tout y passe. La vue, l’odorat, l’ouïe, le goût, et enfin, évidemment, le toucher.

L’influence Fifty Shades of Grey :

 

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Oui, on ne peut pas nier que La domination des sens s’inscrit dans le sillage d’une certaine E.L James et de sa célèbre saga.

Les points communs donc.

Un contrat au cœur de l’intrigue. Des clauses, des modalités, des papiers à signer, des renégociations parfois.

La bureaucratie, on dira ce qu’on voudra, c’est chaud du string.contrat

Un riche, une pauvre. Le loup et la brebis. Le diable et la blanche colombe. Adam vit dans l’opulence, Adam baise à-tout-va, Adam est un control-freak. Comme l’autre tanche de Christian Grey en somme. Puis nous avons Anastasia Elsa. Oh la jolie et douce Elsa. Honnête travailleuse, réceptionniste charmante, étudiante (en Littérature je précise, parce que pour attirer des Grey et des Garamont, faut être calée en langues Lettres) dévouée et assidue.

Puis bon, il y a du cul. Je vous rassure, pas d’immondes scènes de tampon usagé au menu (E.L James, sérieux, t’as déconné sur ce coup-là). Ça se souffle dans le cou, ça s’embrasse sur les lèvres (je vous laisse deviner lesquelles), ça gémit et ça fait froisser les draps.

Hum et quoi d’autre ?

Ah oui. Un hélicoptère.

Passons aux différences à présent. Et elles sont nombreuses ces différences.

Déjà, Florence Cochet sait écrire. Non, mais ça a l’air de rien comme ça, mais je le dis. Florence Cochet sait écrire. Ce qui rend la lecture agréable. Le style oscille entre ton dégagé et finesse d’orfèvre. C’est fluide, c’est poétique, c’est précis et recherché. Bref, tu sens que la meuf’, elle a pas torché son roman sur le clavier de son BlackBerry (E. L. James t’es vraiment pas possible, lâche ton putain de téléphone, merde !).

Honnêtement, son talent et sa subtilité dans le choix des mots font toute la différence. Là où E. L. James fonce dans le tas avec la grâce d’un Hippopotame, Florence Cochet esquisse des arabesques avec la légèreté d’une ballerine (j’allais dire d’un rat, rapport aux rats de l’Opéra Garnier — tu comprendras quand tu liras le roman — mais c’est vrai que question image, c’est pas très flatteur).

Ensuite, Elsa n’est pas vierge donc ça c’est cool. On évite l’éternel cliché de la meilleure amie/colocataire/sœur/ collègue (rayez la mention inutile) véritable chaudasse qui détonne avec notre héroïne aux allures de vestale. Merci Florence Cochet, tu gères.

On dispose du point de vue d’Adam. Et c’est déjà plus élaboré que l’immonde Grey qui nous aura seulement appris que la queue du vénérable et magnanime milliardaire pouvait « acquiescer ». Et tant que j’y pense : si la queue de Christian Grey peut acquiescer, elle peut donc choisir, ce qui voudrait dire… qu’elle serait dotée d’agentivité ? Sartre, j’crois que t’es passé à côté de quelque chose. Point de cela avec Adam et heureusement. Certes, on se concentre assez souvent sur sa verge qui gonfle, mais pas que(eue). #AlerteJeuDeMotPourrave

J’y reviendrai. Pas sur sa verge, mais sur Adam.

Autre différence notoire ?

Châtaigne, le chat (je vais éviter d’employer ce mot au féminin, des fois qu’on s’y méprenne) d’Elsa. Adorable, ronronnante, douce comme une peluche. #JusticeForChâtaigne

La domination des sens, un roman cul-tivé :

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Faut dire que son auteure l’est tout autant. Cultivée, je veux dire. Tu te retrouves pas avec une vieille référence moisie à la Thomas Hardy et sa malheureuse Tess d’Ubervilles. Non, parce qu’avec Florence Cochet on a un texte qui flirte avec une autre dimension. Celle du sous-texte.

Alors oui, les références culturelles pleuvent par moments. Mais il ne s’agit pas d’un déluge non plus. Plutôt une bruine fraîche.

Ce qu’il y a d’intéressant, c’est cette toile de fond qui se tisse un peu à l’insu du lecteur. Déjà la mythologie. Nous avons Apollon, dieu de la beauté, oui, mais aussi dieu de l’ordre en philosophie. Ça tombe bien parce qu’Apollon ici est un avocat chargé des détails contractuels afin que la relation (déjà pas à peine tordue !) entre Adam et Elsa se déroule au mieux. Nous avons Morphée, dieu du sommeil. Bon c’est vrai qu’on s’en fout, mais je le mentionne quand même. Puis surtout nous avons Vénus. Aphrodite donc. Sous les traits d’Elsa. Quant à Bacchus/Dionysos, Florence Cochet laisse la question ouverte. Serait-ce Adam ? Pour ma part, je répondrais que le titre conviendrait mieux à Marion. Pourquoi ? Oh, je ne sais pas. Disons que Dionysos est censé compléter Apollon et que… chut. Il faudra lire pour comprendre !

Il y a Oscar Wilde, mais là c’est moi qui interprète, je l’admets. Le seul moyen de se délivrer de la tentation, c’est d’y céder. Adam applique la règle à ses dépens. Je ne dévoilerai pas la fin, mais son prénom devrait vous mettre sur la piste.

 

L’histoire, les personnages et les clichés :

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Bon j’ai déjà évoqué le pitch central, mais au-delà de ça, il y a une histoire de plusieurs centaines de pages. Qu’est-ce qui s’y raconte ?

Franchement, pas grand-chose. Les scènes sont un peu répétitives. La touche de thriller fut donc des plus appréciées.

Quand je dis thriller. Bon. Faut pas non plus abuser. C’est pas du David Fincher, mais l’arc narratif ajoute un enjeu non-négligeable à l’intrigue.

Passons aux personnages.

Elsa est drôle et attachante. (Euh par contre, meuf, foutre une machine à café dans le grenier, ça mérite la pendaison)

Puis surtout, elle a des couilles. Exit la belle plante un peu godiche qui s’émerveille devant les merveilles luxuriantes qui jalonnent le quotidien d’Adam Garamont. Elsa dit non. Elsa se moque. Elsa se rebiffe.

Et c’est ça qu’est bon. Car Florence Cochet sait prendre la distance avec son œuvre et ne manque pas d’autodérision face à un genre si aisément cliché. Oui, ne nions pas, le récit reste guimauve, mais pas au point de friser l’hypoglycémie.

Re-merci Florence Cochet de te préoccuper de la santé du lecteur.

Il y a eu d’autre part la volonté de l’auteure de proposer une héroïne charnue. Comme pour dire fuck aux Anastasia filiformes. L’entreprise doit être saluée. Doit-on y déceler un discours féministe ? N’allons pas jusque-là. Surtout que le texte tombe dans le piège inverse. Celui de présenter des femmes belles et minces en tant que grandes méchantes de l’histoire, tandis qu’Elsa revêt à plusieurs reprises celle de la boulotte humble et gentille. Juste non.

Adam, lui, bon… je sais pas. Son côté handicapé des sentiments m’a un peu agacée. Ça va, c’est pas de la physique quantique, juste de l’amour et en plus ça mord pas.

Il possède toute la panoplie du mâle ténébreux et mystérieux. Il s’en va sans crier gare, il demeure impassible. Il a le sourire narquois, de l’assurance, avec ce soupçon d’arrogance qui plaît tant aux lectrices.

J’ai rien contre l’idée, on est d’accord. Néanmoins, j’aurais aimé percevoir ses fragilités. Parce qu’à part apprendre au détour d’un paragraphe que le café lyophilisé lui donne des sueurs froides, voilà.

Puis perso, un mec qui me fait suivre, je ne trouve pas ce type d’attention très sexy. Maniaque du contrôle ou pas. Alors après je juge pas. Chacun fait comme y veut. Mais suivre quelqu’un et contrôler ses faits et gestes à distance…hum… ça ressemble plus à un épisode de Faites entrer l’accusé qu’à autre-chose.

En clair, je n’ai pas été séduite par Adam et je le regrette. Trop convenu dans son genre.

Alors en définitive cette Domination des sens, cliché ou pas cliché ?

Disons que le roman suit les codes du genre, mais qu’il se détache assez intelligemment des fadaises habituelles sans dérouter non plus le lecteur (‘fin la lectrice parce que…).

On reste bien évidemment dans la zone de confort, ce qui au fond, n’est pas très grave car l’histoire demeure très plaisante et … haletante (t’as capté le sous-entendu, hein ?).

De l’érotisme, de l’humour, quelques montées d’angoisse, des bons sentiments.

Et surtout des chats. Miaou.

La domination des sens en bref :

Une histoire d’amour toute choupi qui fait battre les cœurs en chamallow qui se traînent les dimanche après-midi sur leur canapé.

Puis c’est hot. Pas porno, mais hot. (‘tain si seulement je pouvais raconter le moment où… chuuuuteuh !)

Garanti sans tampon usagé et avec un titre qui fait… sens. (Genre Fifty Shades of Grey c’est censé se référer à quoi ? Si tu me réponds qu’il s’agit d’un écho à la réplique de l’autre tanche « I’m fifty shades of fucked up », je t’empale en haut d’une colline. Car cette phrase ne veut absolument rien dire. Point. Barre.)

Par contre virez-moi cette couverture. Elle ne rend pas justice au texte.

 

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Baromètre du love : 98%

Baromètre du cliché : 55%

Baromètre général (parce que j’ai pas été foutue de trouver un titre plus adéquat alors ta gueule) : 85%

Certified fresh.

Ahava