Un roman avec de la vodka dedans

Et du Michel Polnareff

 

Alerte, roman cross-age (ça veut dire que peu importe ton âge, tu te prends des coups de crosse dans la gueule, en fait. Si j’ai vérifié dans le dico) :

*hum... je sais, ma blague est aussi vide que le néant qui sépare mes oreilles. Mais chut.

Toi qui brûlais ta vie aux quatre coins des nuits, qui marchais sans but, au long de l’ennui, viens un peu par ici que je te parle de Marquise

 

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Marquise donc, le premier roman de Joanne Richoux publié chez Sarbacane (en vrai, elle en a sorti d’autres avant, mais les petites ME, ça compte pas. Ouais, c’est vache le monde de l’édition, je sais.) Si tu croises dans les rayons de ta Fnac adorée une couverture criarde, pleine de jaune, de noir et de rose, avec une meuf qui fait la gueule, affublée d’une perruque façon brosse WC, pas de doute, il s’agit bien du nouveau bébé de Joanne Richoux.

 

Bienvenue à Vice-Versailles :

(Je… j’étais fan de la comédie musicale du Roi Soleil étant jeune. Pardon)

 

De quoi que parle ce roman jaune poussin ? De deux ados pas très dégourdis qui intègrent le casting des Voluptueuses. Non, il ne s’agit pas d’un film porno. Les Voluptueuses, si tu veux, c’est un peu comme la Star Academy, mais sans Nikos Aliagas, Jenifer ou Jean-Pascal. Remarque, on s’en fout parce que y’a plein de champagne, de macarons, de corsets et de richelieus. À en faire pâlir Armande Altaï. Accessoirement, y’a de l’art aussi.

Source: Externe

Charlotte et Billy (quel nom pourri), nos deux personnages principaux, ont une vie de merde. Faut dire que vivre dans un village qui s’appelle Saint-Jean, c’est dur. Y’a pas plus ennuyeux qu’un village qui s’appelle Saint-Jean, parole d’Ahava. Charlotte et Billy se pensent originaux, rebelles, et couillus. Ils le savent mieux que quiconque, la musique (oui, la musiqueuuuh !!!) sera la clef de l’amour, de l’amitié. C’est pour ça qu’ils montent à Paris pour « réussir ». Parce que fuck the rules.

So original.

Bref, Charlotte et Billy nous font un remake de Thelma et Louise et foncent tout schuss sur Paname, avec leur gueule et leur sac à dos, comme le chante si bien Slimane. Ils ont pas un rond. Qu’à cela ne tienne, ils boiront du vin et de la vodka jusqu’à plus soif. L’alcool résout tous les problèmes à ce qui paraît. Puis vient le casting. Le fameux casting. Bien sûr, Charlotte et Billy sont recrutés sans aucun problème.

Source: Externe

Certes, si tel n’avait pas été le cas, il n’y aurait pas eu d’histoire. Mais quand même, faut pas me prendre pour la dernière des loutres, en vrai un casting, c’est comme le loto, les chances de succès sont minimes. Bah pas pour Charlotte et Billy qui décrochent — tous les deux et en même temps ! — une place dans la société-très-secrète-et-très-troublante aussi aisément que d’autres pondent leur caca matinal. Donc si tu as dans l’idée de t’inscrire pour Zeuh Voice l’année prochaine, j’serais toi, je leur demanderais conseil. 

Charlotte :

Ah que dire de Charlotte ? C’est un mix entre un poème de Baudelaire et une chanson de Téléphone, notre Charlotte. Elle râle tout le temps, elle invective, elle grogne, elle fait sa mauvaise tête. Surtout, elle aime les gommes.

 

Source: Externe

Les gommes quoi!

Billy :

Billy c’est le BG de la classe. La mèche au vent façon Beatles, le jean délavé, l’allure nonchalante. ‘Fin tout ça quoi. Le mec avec qui je n’aurais jamais aucune chance à cause de mon goût trop prononcé pour Britney Spears et Taylor Swift. Dieu me pardonne. D’ailleurs, je veux pas dire, mais je ne connaissais pas la moitié des chansons citées dans le corps du texte. À part Polnareff. Voyez à quel point je manque de culture musicale.

Gloria-la-méchante :

On ne saisit jamais bien les intentions de Gloria, à part que c’est une vilaine méchante pas belle et qu’elle aime ça, la bougresse ! Ce genre de personnage à la méchanceté aussi bling-bling qu’ostentatoire a toujours eu tendance à me chauffer les ovaires, en plus de me donner des aigreurs d’estomac. Ceci dit, dans Marquise, les curseurs sont poussés jusqu’à l’extrême. Il n’y a pas de demi-mesure. T’as les gentils d’un côté et les te-pu de l’autre. Gloria se fond dans le décor avec une agilité déconcertante.

 

 

Source: Externe

Gloria qui tape la pose

Joshua le love-interest :

Il va youker avec Charlotte. Pourquoi ? Parce que Charlotte aime Billy. C’est sa façon à elle de le montrer. Oui, Marquise flirte pas mal avec Les feux de l’amour à quelques endroits.

Le reste des candidats :

Giovanni, Baptiste, Maxence, Eliott, Juliette et Candice. Je n’arrivais jamais réellement à les distinguer, perso. Dommage car ils ont tous leur importance ces péquenauds.

Ah, la belle vie, sans amour, sans soucis, sans problèmes :

Comme je le disais plus haut, nos heureux élus se voient ainsi accorder le privilège de rien glander dans le château de Dammarie-Les-Lys appartenant au mystérieux Marquis, un mec assez déjanté du cigare. Et pas n’importe quel château je vous prie, une réplique exacte de Versailles… sur une île écossaise. #WTF

Au programme : du vin, du vin et encore du vin. Parfois du chant, un peu de sexe, et quand ça commence à devenir trop redondant, on passe à la vodka. Oui, ce roman risque de te filer une gueule de bois sévère. Si bien qu’ils auraient dû ajouter en avant-propos une note à l’intention du lecteur. Style « hé, les gars. C’est pour déconner. Ne vous sifflez pas une bouteille de vodka tout seul, ça peut vous emmener à l’hosto. Buvez avec modération, hein, soyez pas cons ! »

Ce que Ahava — déesse du bon goût et grande vainqueure de la belette de Winchester — en a pensé :

Le style : Survolté, saturé, bariolé. À l’image du décor en somme. Rock et chic. Une impression de trop sur quelques paragraphes, mais dans l’ensemble, ça se digère très bien, parce que c’est un peu le concept du roman. Le style sied parfaitement à l’esprit, l’humeur, de Marquise. Les dialogues sonnent vrais, exercice plus difficile qu’il n’y paraît au premier abord.

L’histoire : Après le casting, j’ai eu une petite impression de flottement. Pas tant dans les péripéties que dans la présentation des personnages, un peu faiblarde, un peu caricaturale aussi. 

Le dénouement : Jouissif. Oui, j’ai eu un orgasme. Mais je ne peux pas en dire plus. Le vrai et le faux se mélangent. Comme Charlotte, on se cogne contre les miroirs et on comprend que dalle à notre vie.

En conclusion :

C’est pas du jeu, je boude. Obligée de mettre une bonne note. C’est ma réputation qui va en prendre un sacré coup, moi qui me délecte du désarroi de mes adversaires, qui me gausse de leur malheur et m’enivre de leurs larmes de désespoir.

(En vrai tout le monde s’en fout comme de l’an 40 de mes chroniques, mais j’aime croire que je suis célèbre)

La note :

94%

Certified hyper fresh

(j’ai pas mis plus parce que je suis une vieille frustrée jalouse)

 

Avec les compliments d’Ahava

qui ne parvient pas à se sortir Polnareff de la tête, merci hein !

 

 

PS : l’instant crapaud

 

Source: Externe

Le roman est trop court pour la richesse de son histoire, le potentiel de son concept. C’est inacceptable. Du coup, sanction pour la paresse ô combien insultante de notre auteure. Y’avait quand même moyen de nous fournir un pavé et même de le décliner en plusieurs tomes en approfondissant l’univers, ébauché avec un peu trop de nonchalance par Joanne Richoux.

J’enlève 90 points à Gryffondor, du coup Marquise écope d’une note finale de 4%.

Non, je déconne. Mais je pourrais, hein.