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Ahava dans toute la modération qui la caractérise

 

Seum, j’écris ton nom :

À force, ce Mag va se transformer en blog où Ahava te raconte sa vie, mais au fond, je suis certaine que y’a moyen de se retrouver dans ce que je dis, ce que je dégobille entre deux reniflements pleins de morve. J’ai le seum, et ça je crois que ça a été établi depuis bien longtemps. Le seum de pédaler dans le vide, le seum de ne rien voir venir comme l’autre pute de sœur Anne. (Pardon à toutes les Anne, je vous aime bien au fond) 

L’échec et ce que mon Journal De Bord ne vous dit pas :

Pour ceux qui traînent sur le forum des JE, vous le savez (ou pas), je tiens un journal de mes échecs successifs dans le monde de l’édition. Sauf que bon, on rigole, on rigole, mais en vrai, derrière mes blagues nulles, mes gifs, la petite Ahava que je suis en a ras la courgette. Du coup, je m’interroge.  À cause de Jean-Marie Laclavetine.

 

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Itinéraire d’un écrivain raté jusqu’au bout de la plume :

Le monde de l’édition se résume très succinctement à envoyer ton manuscrit, à attendre, et à te prendre des refus ou des silences en pleine poire. Le plus souvent. Parfois, tu reçois des refus personnalisés, hein, on n’est pas des bêtes. 

Le monde de l’édition consiste à persévérer, à ramper dans la boue avec le sourire. Parce que t’en rêves de ton machin publié. Tu sais même pas pourquoi en plus. Tu penses que ton caca en vaut la chandelle, c’est tout. Avant, je calmais mes déceptions avec une bouteille de vin, mais j’ai vite compris qu'à ce rythme-là j’allais finir alcoolique, donc voilà. Je tourne à présent à l’eau gazeuse (Ahava, c’est trop une rebelle, tu peux pas test !) et surtout je laisse pas mal de pensées négatives m’envahir. Cimer Laclavetine, hein!

 

 

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Tu fermes ta gueule et t'écoutes

 

Pondre un caca : une fin en soi ?

Allez, c’est bon. Tu viens de finir ton roman. Tu as posé le point final, t’es tout content. Tu te dis « youpi, je vais poster de ce pas ce futur best-seller aux éditeurs » Ô quoi de plus normal. Je suis passée par là. J’ai attendu, attendu, elle n’est jamais venue. Cette salope de réponse positive. 

(En vrai, j’ai bien reçu une réponse positive une fois, mais là n’est pas l’objet de l’article)

Ma question, ma véritable question, est la suivante : est-ce que tous les cacas du monde méritent d’être en librairie ? Oui, je sais ce que tu as envie de me répondre, la bouche ronde, les yeux écarquillés, avec ta voix de pucelle choquée : mais voyons Ahava, serais-tu jalouse ? Un travail est un travail. Modeste peut-être. Mais enfin ! Serais-tu une de ces horribles élitistes qui écoutent du Wagner, lisent du Kant, et se touchent la nouille sur du Godard ?

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Sans être élitiste, je me dis que, quand même, ce n’est pas parce qu’on écrit un texte que celui-ci est lisible/publiable/intéressant/qualitativement viable. Je me le dis et le répète en consultant Wattpad, en jetant un œil aux listes des meilleures ventes Amazon, en naviguant sur Facebook… je me le dis aussi à moi-même. Surtout à moi-même.

Avec l’ère des réseaux sociaux, on est dans le culte de l’exégèse de soi. Et j’insiste sur exégèse. Ce n’est pas tant que nous sommes soucieux de nous-même (et si c’est le cas, ça ferait certainement jouir Michel Foucault), mais soucieux de parler de nous-mêmes pour toujours plus de clics, toujours plus de "like".

On passe notre vie à publier désormais. Alors pourquoi pas faire chier les éditeurs avec un roman ? En Jean-Claude Dusse que tu es, tu te persuades que sur un malentendu, ça peut marcher.

Je repense beaucoup à Première ligne de Laclavetine (ce qui explique le titre de l’article), à cet éditeur qui n’en peut plus de tous ces écriveurs du dimanche qui lui envoient leurs bouses bien dégueu. Avant, je trouvais le roman puant. Facile de taper sur les wannabe quand tu te trouves du bon côté de la barrière. Oh que je détestais ce roman à l’époque. J’avais envie de lui hurler à Laclavetine « putain, mais ta gueule ! Tu penses que tu as une légitimité ? Que tu es mieux ? C’est quoi ton problème Jean-Marie ? T’as envie d’interdire les gens d’essayer ? Va te faire cuire un œuf en Andalousie et viens pas nous faire chier ! Puis vire-moi cette moustache, on dirait Magnum, mec !»

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En gros.

Puis j'ai réfléchi. Pas tant sur la moustache de Laclavetine que sur le propos de son livre. Le fait est que ce n’est pas parce que tu écris qu’on doit lire ta fiente malodorante. Le fait est qu’aucun texte ne possède une légitimité. Que l’éditeur ne te doit rien et qu’il ne fait pas dans la charité. Avant tu pleurais chaudement. Tu te roulais en boule dans ton lit. Parfois, tu songeais vaguement à te suicider. Puis tu bouffais du chocolat, tu baisais peut-être, et ça allait un peu mieux. 

 

Les réseaux sociaux, l’autoédition, la brèche :

Désormais, les éditeurs n’ont plus le dernier mot. C’est certainement une bonne chose dans le fond, mais ça veut aussi dire que la guerre au succès fait rage sur la sphère digitale.T’as pondu un truc, tu t’es fait refuser comme une vieille moule avariée à tous les carrefours de Paris, qu’à cela ne tienne. Tu utilises ton réseau, tu t’auto-publies, tu passes peut-être par un compte d’auteur, un imprimeur à la demande, un agent littéraire, un coach ou je ne sais quoi encore.

Tu as raison. Dans la vie, il faut essayer, bordel de fion. Mais t’es-tu demandé si le monde littéraire déjà bien saturé avait besoin de ton texte ? Crois-tu sincèrement qu’il faille en rajouter une couche ? Si on te ferme la porte, penses-tu cela juste de la forcer à coups de bélier ?

Non, je ne veux pas faire de l’éditeur un monarque absolu, mais vois-tu, ça permettrait quand même de filtrer un peu. Parce que moi, des éditeurs qui publient  E. L. James ou Ana Todd à cause de leur succès sur la toile pour ensuite refuser la bouche en cœur des manuscrits bien plus solides (mais, je te rassure, je ne parle pas des miens, non, les miens sont hyper craignos) ça me troue le vagin bien comme il faut. On appelle cela la "force des liens faibles". Encore une fois, cela peut-être un joli système, mais ne devenons pas des putes à clics, par pitié.

Je pense à Laclavetine. Je pense à son personnage Cyril Cordouan, l'éditeur blasé de tous ces graphomanes à la con qui tentent leur chance dans sa maison d'édition. Que dirait-il aujourd'hui ? 

Florilège d’explications possibles quant à mes échecs de plus en plus douloureux :

 

—   J’ai pas de chance

—   Les éditeurs ne m’aiment pas

—   Mes romans sont nuls

—   Je ne sais pas écrire

—   Je ne mérite pas de vivre

—   Donald Trump

—   Un horoscope foireux

—   Je suis l’élue et comme tout élu, je dois d’abord en chier ma race —du genre bonne gastro-entérite— avant de vaincre

—   Les Illuminatis

 

Mais merde, ça douille sévère au niveau de l’égo de se dire que, peut-être, je ne suis qu’une écriveuse de plus dans ce monde d’apprentis auteurs plus ou moins talentueux. Une écriveuse qui devrait apprendre à se la fermer, à pondre ses romans sans déranger personne et surtout pas les éditeurs. Laclavetine, j’ai mal !

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Ahava après avoir fini sa lecture de Première ligne

À quoi ça sert, putain ! Devrais-je me résigner ? Abandonner ? Qu’est-ce qui est mieux en fin de compte ?

Laclavetine, fais péter la réponse, steup’

 

Signée Ahava, une graphomane désespérée

 

 

 Post-scriptum :

Pour se mettre dans l’ambiance de cet article qui suinte le désespoir, je vous conseille fortement de vous munir d’une tablette de Lindt au lait, d’un CD de Mylène Farmer, d’un verre de vin (ou d’eau gazeuse) et d’une boîte de Kleenex. 

*Vous avez parfaitement le droit d'aimer Ana Todd ou E. L. James, n'oubliez pas qu'Ahava ne possède ni le quart de votre goût, encore moins le quart de votre talent. Laclavetine, en vrai, je n'ai rien contre ta moustache.