Bonjour à tous!

Les braves administrateurs du forum des JE ont remarqué que j'aimais bien torturer les auteurs publiés du forum avec mes analyses littéraires. Ils m'ont demandé si j'aurais le courage de répéter mes élucubrations en public dans le Mag des JE... et moi, comme tout auteur amateur en mal de lecteurs, j'ai mordu à l'hameçon. ;-)

J'ai choisi de ne vous offrir que des critiques de romans publiés par des JE (sauf le mien, rassurez-vous...). Pour cette première critique, je vous présente le roman "Emma" écrit par Tess Corsac et publié aux éditions Le Muscadier.

Emma-couverture

La couverture bucolique avec une jolie jeune fille sur fond de paysage sauvage et montagneux pourrait nous faire croire à un récit romantique sur les hauts et les bas d'une adolescente fougueuse... mais détrompez-vous: il s'agit d'une dystopie qui cogne dur.

Emma est le nom d'un virus mortel pour le genre humain, dont la propagation à la fois inexorable et pernicieuse a mené à la désintégration de la société. Le roman nous raconte le cheminement d'une jeune fille - présumément la demoiselle de la couverture - prénommée Azur et grandissant dans un village pyrénéen qui s'est isolé, prenant toutes les mesures nécessaires pour garder l'épidémie à distance. Elle en sortira éventuellement et prendra connaissance des autres communautés encore en existence dans l'Hexagone et des stratégies de survie - ou d'agonie - que le virus leur a imposées.

Je ne révélerai pas plus de détails afin de ne pas vous affliger avec des spoilers. J'ai été vraiment impressionné par la qualité de ce roman, et ce, à plusieurs niveaux. D'abord, l'histoire est bien conçue. Le procédé employé est classique: utiliser le cheminement du personnage principal pour nous présenter les facettes diverses de cette société post-apocalyptique. Mais l'histoire d'Azur n'est pas simplement un prétexte pour nous donner ce tour d'horizon ; il y a suffisamment de revirements et de moments dramatiques pour maintenir notre intérêt même lorsqu'on s'est plus ou moins habitué à cet univers en déséquilibre.

Ensuite, j'ai trouvé ce roman très réaliste, autant dans l'enchaînement des événements racontés que dans la psychologie des personnages. J'y ai pleinement cru. Les réactions d'Azur, de son ami d'enfance Basile, des adultes les entourant m'ont toutes semblé crédibles. Que ce soit dans la façon dont la société s'est fracturée, dans le recul technologique qui a suivi, dans les stratégies de survie parfois drastiques ou dans l'ostracisme qui frappe les victimes de la maladie au point où on leur conteste leur humanité, l'auteure est vraiment allée jusqu'au bout de sa réflexion.

Le style sobre correspond bien à l'histoire racontée. La narration se fait à la première personne, ce qui nous met bien dans la peau d'Azur. Celle-ci emploie le présent dans son récit, ce qui a tendance à ralentir l'action à mon avis, mais cela nous aide à nous plonger encore plus dans son univers et nous permet de ressentir plus fortement la solitude qui se dégage des lieux rencontrés et des personnages eux-mêmes. Le ton employé colle également très bien à la tranche d'âge attribuée à la jeune fille.

Au point de vue du public ciblé, je crois que les thématiques abordées sont trop dures pour les pré-adolescents. Je recommanderais ce roman à des lecteurs de 15 ans et plus.

Mon verdict: "Emma" est un excellent roman qui alimentera votre réflexion. Je lui accorde cinq étoiles sur cinq.