Hors_du_temps

Je ne lis jamais de fantastique, pas même du Stephen King, le maître du genre. Ce n'est tout simplement pas mon truc. Alors pourquoi ai-je lu "Hors du temps", le premier roman de Nicolas Tornieri, publié chez Aconitum ? Parce que le titre indiquait une prémisse intéressante : l'idée de mettre un personnage dans un monde où le temps ne fonctionne plus, ou du moins, plus comme il devrait. Comment réagira-t-il à cette perte d'un repère si essentiel à notre existence ?

Ce roman nous emmène à la suite de Nicolas Sorrentino, jeune informaticien qui loue une voiture pour un voyage d'affaires. Suite à un accident de la route où il perd conscience, il se retrouve seul au monde à son réveil : tous les lieux qu'il visite sont vidés de leurs occupants. Les seuls gens qu'il voit sont dans ses rêves, des songes qui lui semblent étranges de prime abord, mais qui l'aideront à découvrir quel est le lien entre ce monde solitaire où il est entré, une tragédie dans son passé immédiat, les gens qui lui apparaissent dans ses rêves et la réalité qu'il cherche à regagner.

L'auteur fait la part belle à la psychologie. On sent l'angoisse de Nicolas alors qu'il cherche à comprendre ce qui lui arrive. On découvre et assemble les pièces du puzzle avec lui, partageant par le fait même sa confusion et sa détresse. Une belle tension s'installe alors qu'on voit venir les divers éléments de la tragédie passée et l'impuissance du héros à la prévenir. Des revirements inattendus ajoutent une bonne dose de piquant dans la deuxième partie du roman; le suspense est alors au rendez-vous, et on se surprend à vouloir accélérer la lecture afin de connaître le dénouement de l'histoire et le sort des protagonistes. Le genre du fantastique nous promet des frissons, et de ce côté, l'auteur livre la marchandise.

Des trois personnages principaux, deux sont bien cernés et décrits avec finesse et profondeur: Nicolas évidemment, dont les pensées nous sont décrites en long et en large, et Lily, une jeune femme dont les épreuves personnelles sont intimement liées à la tragédie de Nicolas. Seul le "méchant" de l'histoire, Damien, demeure difficile à saisir ; l'auteur décrit sa méchanceté avec toute l'habileté nécessaire pour nous le faire détester sans réserve, mais on se demande parfois ce qui le pousse à être si vil.

L'écriture a un côté spontané qui sied bien aux monologues intérieurs auxquels le héros se livre dans son parcours. La narration à la première personne aide le lecteur à se mettre dans la peau du personnage principal. Par contre, j'ai trouvé le rythme un peu lent dans la première partie. Bon, c'est un peu normal pour un récit décrivant le cheminement en solitaire du héros avec la description de ses états d'âme, mais en resserrant le texte, il aurait peut-être été possible de lui donner une touche supplémentaire de dynamisme.

Au final, j'ai bien aimé ce roman. J'ai trouvé l'idée de départ très forte et l'histoire prenante. J'en recommande la lecture non seulement aux amateurs de fantastique, mais également à tous ceux qui savent apprécier un bon suspense.