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En tête du box-office français depuis plusieurs semaines avec plus de quatre millions d’entrées au compteur, près d’un milliard de recettes engrangées mondialement sans encore être sorti sur le marché chinois, Joker est indéniablement la star de l’automne (avec Halloween, les Pumpkin Spice Latte  et le nouvel album posthume de Johnny Hallyday).

 

Le slogan de cette fin d'année est clair :

Let's put on a happy face

 

 

Genèse

 

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Quelque-part à Los Angeles, là où les sorties d’autoroutes forment des nœuds plus gros que des kystes ovariens et où le ciel est si bleu qu’on dirait qu’il a été repeint par un employé de Castorama, se réunissent en toute discrétion les représentants de la Warner Bros.

 

L’heure est grave.

 

 

Au programme ? DC ou comment arrêter l’hémorragie des projets foireux.

L'enjeu n'est plus simplement politico-financier, mais relève d'une véritable question de street cred face au géant Disney.

La discussion s’enlise, les propositions créatives se font aussi rares qu’un plan d’eau dans le Sahara.

 

Finalement, entre deux rails de coke, l’un d’eux s’exclame :

— Hé, les gars ! Si on ruinait la carrière de Jared Leto ? Faisons un nouveau film sur le Joker, commandons un scénario béton, un truc qui fasse « Oscars », et prenons un acteur cent fois plus talentueux.

L’un d’eux fait timidement remarquer :

— Pourquoi pas ? Sauf que la moitié des acteurs sont sous contrat chez Marvel.

— Bah. Nous ce qu’on veut, c’est un film qui rappelle l’esthétique de Scorsese, genre King of comedy, son plus gros flop (cherchez l’erreur), et ça tombe bien, parce que Scorsese déteste les Marvel. Il nous faut un Daniel Day Lewis, non il est à la retraite… un Christian Bale, ah non, il a déjà joué Batman, … un bon acteur, merde ! Qui aime jouer les méchants, qui le fait brillamment et qui ne soit pas Heath Ledger. Ça doit bien exister ?

Silence.

Chacun cherche en scrollant nerveusement son carnet de contacts sur son IPhone dernier cri.

— Il y aurait peut-être…Joaquin Phoenix ? suggère une voix étouffée.

— Qui ça ?

— Joaquin Phoenix, il a joué l’empereur fou dans Gladiator, vous voyez ?

— Vendu !

 

 

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Interlude : Scorsese versus le monde entier

 

 

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Scorsese est l'une des inspirations majeurs du Joker de Todd Phillips qui retranscrit ici les origines d'un des plus grands méchants de l'univers DC.

 

Mais Scorsese, le monde des super-héros et des super-vilains, à la base, ce n'est pas trop sa came. Surtout les Marvel qui engrangent des scores monstres au box-office depuis une dizaine d'années. 

 

Si tu n’es pas au courant du débat Marvel-Scorsese qui a secoué le monde des médias ces dernières semaines (non), on pourrait le résumer ainsi :

 

Scorsese en plein seum post-École-de-Francfort : « Les films de super-héros Marvel, peu importe leur succès, ce n’est pas du vrai cinéma. »

Traduire par : Marvel produit de la merde et ceux qui regardent leurs films sont des cons.

 

La réponse de Dieu Robert Downey Jr. qui, dans son génie incompris, j’en suis certaine, fait une subtile référence aux travaux de Marshall McLuhan, grand théoricien des médias et de la communication (laissez-moi rêver) :

« Les films Marvel sont diffusés dans les salles de cinéma, donc c’est du cinéma ».

Retraduire par : Je t’emmerde, Martin ! #IamIronMan

 

L’intervention très tranchée et provocatrice de Benedict Cumberbatch : « Alors moi, je suis ni pour ni contre. Vive les films d’auteurs et vive les Marvel ».

Retraduire par : Je n’ai aucune personnalité.

 

La contre-attaque du PDG de Disney : « Scorsese a tort ».

Retraduire par : il a raison, mais on n’ose pas l’avouer.

 

 

Warner Bros pendant ce temps-là…

 

 

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Une hype grandissante

 

Depuis la parution d’une photo de Joaquin Phoenix (qui se prononce « Wakin Phinix », si des fois t’es perdu) grimé en clown triste, le net est en ébullition ; un nouveau Joker, une nouvelle origin story, et surtout, un nouveau successeur au regretté Heath Ledger, sont sur le point de faire leur apparition dans le paysage cinématographique.

 

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Personnage mythique de l’univers DC, nemesis controversée de la chauve-souris la plus célèbre de Gotham city, le Joker, plus qu’un méchant, s’avère une institution.  

(Du genre aussi incontournable qu’un CD de Mariah Carey à Noël)

Autant pas se louper.

 

Et quand le trailer déboule au milieu de l’été, nous donnant un avant-goût de la rencontre décisive entre celui qui n’est pas encore le Joker et celui qui n’est pas encore Batman (vu qu’au moment des faits Bruce est un mioche qui doit encore réclamer des histoires de Winnie l’ourson avant de se coucher), les avis sont unanimes ; Joaquin Phoenix est le digne héritier d’Heath Ledger et c’est une pluie d’Hosannah qui déferle sur les réseaux.

 

Joaquin Pheonix en ce moment…

 

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Jared Leto…

 

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Arrive alors septembre et avec lui, la Mostra de Venise. À la surprise générale, le film de Todd Phillips est primé.  Performance hypnotique, photographie glauque à souhait, fin explosive, le film est un bijou, s’enthousiasme la presse.

 

Dès lors, les jeux sont faits ; Joaquin Phoenix est LE favori des Oscars.

 

Aux quatre coins du monde, les fangirls de Robert Downey Jr. s’endeuillent, elles qui espéraient naïvement que leur idole serait nommée (et récompensée) par la prestigieuse Academy.

 

Parce que bon, faut pas déconner, Iron Man est mort, et on sait que suite à cet événement, notre existence ne sera plus pareille. Car avec la disparition de Tony Stark c’est ta vie entière que tu as vu s'échapper de tes mains comme l'anguille effrayée et t'appeler à présent sur le lierre du tombeau, où patientent depuis toujours le chant des enfants, les raisins volés…

 

 

 

 

BREF

 

 

 

L’ambiance chez DC

 

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L’ambiance chez Marvel

 

 

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Les fangirls de Robert Downey Jr.

 

 

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Robert Downey Jr. himself.

 

 

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Et ce Joker, alors ?

Est-il aussi bon qu’on le prétend ?

 

 

Ma foi…oui et non.

 

Disons en tout cas que ce n’est pas le chef-d’œuvre, la claque émotionnelle et existentielle qu’on aurait pu attendre.

 

 

 

Un film à Oscars

(Spoiler alert: va y'avoir des spoilers… plus ou moins)

 

 

Voilà donc ce à quoi se résume Joker. À une statuette dorée qui viendra fleurir le bureau de Joaquin Phoenix. 

 

À un film bon, léché, intéressant et parfois oppressant, mais terriblement conventionnel dans ses choix cinématographiques. En d’autres termes ; ce n’est ni plus ni moins qu’un film académique avec toutes les qualités et les écueils que cela suppose.

 

Ce sont justement ces écueils qui m’intéressent.

 

À mon sens, il n’y a pas de prise de risque. L’esthétique proposée est éculée, l’arc narratif suivi peu surprenant (pas que j’attendais l’inclusion de petit poneys roses en plein cœur de Gotham non plus, mais …), le dénouement scolairement glaçant, voilà.

 

On m’a vendu un film subversif, je me suis retrouvée face à une critique sociale digne des années cinquante, avec des pauvres très pauvres qui se font bolosser par des riches très riches, et rien ou presque entre les deux castes.

 

Heureusement qu’on a eu Foucault et sa biopolitique pour nous expliquer que les pratiques du pouvoir étaient un chouia plus alambiquées que la vision marxiste de la lutte des classes où s’opposent continuellement l’oppresseur et l’oppressé, sinon qu’est-ce que ça serait !

 

(Du coup, j’ai décidé d’envoyer un exemplaire de Surveiller et punir à Todd Phillips. #Cestpourmoicestcadeau)

 

Parmi les clichés esthétiques 

 

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— Gotham sous la pluie

C’est bien connu, la misère est moins pénible au soleil.

— Les métros dégueulasses aux essieux qui crissent jusqu’à t’en déchirer les tympans.

La société va mal, on vous dit, on a pas le temps pour huiler nos trains…

— Les rues sombres

Plus pratique pour les meurtres… comme quoi, les urbanistes de Gotham ont pensé à tout !

— L’appartement taudis d’Arthur Fleck

Le papier-peint est immonde, on dirait que quelqu’un a vomi dessus, sérieux.

— Les ascenseurs poisseux

Encore une fois, la société va mal.

— Les jeux de lumières effet filtre Instagram

C’est beau, mais voilà. 

— La musique sirupeuse lors d’une scène violente

 Pas du tout pompé sur Kubrick…et sur à peu près tous les films qui ont suivi après. Originalité, je crie ton nom.

— Les scènes/dialogues qui se répondent au début et à la fin du film

La scène chez la psy par exemple et le « you wouldn’t get it ». Séquence lourde et inutile. Alors qu’on avait fini par nous introduire le Joker dans toute sa splendeur, grimpant sur le capot d’une voiture, victorieux, le sourire ensanglanté, voilà qu’on revient sur Arthur Fleck.

Néanmoins, on peut me répondre que cette scène apporte une certaine ambiguïté quant à la véracité des faits qui nous sont contés. Est-ce que tout ce qui s’est passé est réel ou n’avons-nous fait que suivre les fantasmes meurtriers d’Arthur qui n’aurait alors jamais quitté la salle de thérapie ? That is zeuh question.

— La folie d’Arthur qui se résume grosse modo à un sourire de dément, des rires de porcin qu’on égorge et des coups de pieds furieux dans les flancs nauséabonds de sacs poubelle.

#JetezMoiDesPierres #MêmePasPeur

 

 

 

Les clichés narratifs 

 

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— Les mommy issues d’Arthur.

 

Tant qu’à faire, autant jeter la faute sur la mère. Nous avons été à si bonne école avec la tradition psychanalytique (freudienne notamment), pourquoi nous arrêter en si bon chemin ?

 

— Le marginal qui se fait bolosser par des gros connards.

Je veux bien croire que la société, dans la façon dont elle est construite, avantage les avantagés et encule à sec avec du sable les laissés pour compte.

#poésiedusoirbonsoir

 

Je veux bien croire que les services de santé (surtout aux Etats-Unis) sont saturés et peinent à encadrer convenablement les plus vulnérables.

Je veux bien croire qu’il y a entre les citoyens un manque de solidarité et de bienveillance, suite à une idéologie qui nous encourage à d’abord nous occuper de nous-mêmes, plutôt qu’à aider notre prochain.

 

Mais enfin, il accumule sévère Arthur Fleck entre son appartement pourri qu’il partage avec sa mère malade, son physique souffreteux, son job à la con, des collègues peu empathiques, un père absent, et ses rires nerveux, symptômes de troubles mentaux enracinés depuis l’enfance.  

 

Le reste de Gotham est soit indifférent à son sort, soit ouvertement intolérant, moqueur, et/ou violent. Entre les traders, l’animateur télé, les médecins, la voisine, et les badauds anonymes, il n’y en pas (vraiment) un pour rattraper l’autre.

 

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— Un système social polarisé à mort. Je sais, il s’agit de Gotham et il s’agit aussi de respecter les codes d’un univers. Mais réduire les problèmes politiques à une dynamique méchant dominant/ malheureux dominé me paraît au mieux éculé, au pire, totalement naïf.

« They don’t give a shit about us » clame la psy. Et c’est plus ou moins ce à quoi se résume la critique sociale de Todd Phillips.

Parce qu’à Gotham, il y a un “they” et un “us”. Point barre, veuillez retourner à la ligne.

Certes on pourra me rétorquer que le Joker n’est pas le produit d’une société en déliquescence, mais son accident malheureux. Arthur se voit érigé en icône malgré lui, tour à tour moqué (dans le show télévisé) et adulé (lors des émeutes).

Ce n’est pas lui auquel on s’attache, mais à son masque.

Arthur, au fond, n’est qu’un prétexte.

Le catalyseur accidentel de l’insurrection qui secoue Gotham à la fin du film. En ce sens, ce que propose Todd Phillips est pertinent, mais demeure néanmoins noyé dans un portrait social trop simplifié.

 

  

Les bons points ?

 

Joaquin Phoenix.

Joaquin Phoenix.

Joaquin Phoenix.

Joaquin Phoenix.

Joaquin Phoenix.

Joaquin Phoenix.

Joaquin Phoenix.

Joaquin Phoenix.

Joaquin Phoenix.

Joaquin Phoenix.

Joaquin Phoenix.

Joaquin Phoenix.

Joaquin Phoenix.

 

Et aussi Joaquin Phoenix.

 

 

Conclusion ?

 

 

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Bravo DC pour cet excellent film.

 

Joaquin, tu peux commencer à écrire ton discours de remerciement, ta statue est déjà prête. Bisous. 

 

 

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