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Saint-Valentin 2020 : à l'heure où l'on ne jure plus que par de laconiques SMS ou autres sextos plus ou moins épicés pour déclarer sa flamme, on finit par se demander comment on faisait auparavant, sans ces merveilles tecnologiques, pour avouer ses sentiments - voire bien plus - à l'être aimé.

Eh bien, avant tout ça, on prenait plus aisément sa plume, figurez-vous ! Oui, je sais, de nos jours, ça peut sembler franchement désuet, mais outre l'aspect romantique que de tels billets peuvent revêtir, c'est indubitablement beau, tout simplement. Et puis, quand on écrit un roman, on est parfois amené à raconter une love story se situant quelques décennies ou siècles en amont de notre époque. Et là, comment on fait, hein ?

Tenez, on pourrait par exemple s'inspirer de certains auteurs du passé. Parce que oui, dans la vraie vie, eux aussi ont aimé, et se sont, de fait, laissés aller à quelques épanchements intimes auprès de leur muse.

En voici quelques menus extraits (parfois très hots) :

  • Voltaire (1664-1778) à Marie-Louise Mignot dite Madame Denis, en décembre 1745 :

"[...] Je ne serai heureux que quand je pourrai vivre avec vous. [...]

Je vous embrasse mille fois. Mon âme embrasse la vôtre, mon vit et mon cœur sont amoureux de vous. J’embrasse votre gentil cul et votre adorable personne."

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  • Alfred de Musset (1810-1857) à George Sand (1804-1876) :

"Quand je mets à vos pieds un éternel hommage,

Voulez-vous qu'un instant je change de visage ?

Vous avez capturé les sentiments d'un coeur

Que pour vous adorer forma le créateur.

Je vous chéris, amour, et ma plume en délire

Couche sur le papier ce que je n'ose dire.

Avec soin de mes vers lisez mes premiers mots,

Vous saurez quel remède apporter à mes maux."

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  • Réponse de George Sand à Alfred de Musset :   

"Cette indigne faveur que votre esprit réclame

Nuit à mes sentiments et répugne mon âme."

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  • Charles Baudelaire (1821-1867), de manière anonyme à Madame Sabatier, le 09 décembre 1852 :

"Les sentiments profonds ont une pudeur qui ne veut pas être violée. L’absence de signature n’est-elle pas un symptôme de cette invincible pudeur ? Celui qui a fait ces vers dans un de ces états de rêverie où le jette souvent l’image de celle qui en est l’objet l’a bien vivement aimée, sans jamais le lui dire, et conservera toujours pour elle la plus tendre sympathie.

A UNE FEMME TROP GAIE

[...]

Ces robes folles sont l’emblème

De ton esprit bariolé ;

Folle dont je suis affolé,

Je te hais autant que je t’aime.

[...]

Ainsi je voudrais, une nuit,

Quand l’heure des voluptés sonne,

Vers les trésors de ta personne,

Comme un lâche, ramper sans bruit,

 

Pour châtier ta chair joyeuse,

Pour meurtrir ton sein pardonné,

Et faire à ton flanc étonné

Une blessure large et creuse,

 

Et, délicieuse douceur,

À travers ces lèvres nouvelles,

Plus éclatantes et plus belles,

T’infuser mon sang, ô ma Sœur."

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  • Arthur Rimbaud (1854-1891) à Paul Verlaine (1844-1896), en juillet 1873 :

"Reviens, reviens, cher ami, seul ami, reviens. Je te jure que je serai bon. Si j’étais maussade avec toi, c’est une plaisanterie où je me suis entêté, je m’en repens plus qu’on ne peut dire. Reviens, ce sera bien oublié. Quel malheur que tu aies cru à cette plaisanterie. Voilà deux jours que je ne cesse de pleurer. Reviens. Sois courageux, cher ami. Rien n’est perdu. [...]

Oui c’est moi qui ai eu tort.

Oh ! Tu ne m’oublies pas, dis ?

Non, tu ne peux pas m’oublier? Moi, je t’ai toujours là.

Dis, réponds à ton ami, est-ce que nous ne devons plus vivre ensemble ?? Sois courageux. Réponds-moi vite. Je ne puis rester ici plus longtemps. N’écoute que ton bon cœur.

Vite, dis si je dois te rejoindre.

À toi toute la vie.

[...]

Le seul vrai mot, c’est : reviens, je veux être avec toi, je t’aime. Si tu écoutes cela, tu montreras du courage et un esprit sincère.

Autrement, je te plains.

Mais je t’aime, je t’embrasse et nous nous reverrons.

Rimbaud."

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  • Colette (1873-1954) à Mathilde de Morny, dite Missy, en juin 1909 :

"Mon amour chéri, j’ai enfin reçu une lettre de vous, la première ! Je suis bien contente. Elle est bougon, elle est gentille et je la trouve délicieuse, puisque vous dites que votre odieux enfant vous manque ! Ma chérie, cela suffit pour me combler de joie, et j’en suis devenue rouge, toute seule, de plaisir, d’une sorte d’orgueil amoureux. Que ce mot ne vous choque pas mon pudique petit Missy, il n’y a vraiment que le mot amour qui puisse servir pour dire la complète, la complexe et exclusive tendresse que j’ai pour vous. [...]

Ma chérie ! Il me semble que je t’ai quittée depuis longtemps, je ne sais pas pourquoi. Je t’aime si fort. Je t’embrasse de tout mon cœur.

Ton enfant insupportable.

Colette"

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  • Alain-Fournier (1886-1914) à Jeanne Bruneau, en 1910 :

"[...] Il y a quelque chose que je ne puis pas dire et que pourtant je veux vous dire.

Je voudrais [du moins] que vous sachiez, si nous devons ne plus nous revoir, la façon dont je vous aime. Si nous devons, un soir, après nous être fâchés et déchirés, nous séparer, du moins vous saurez ce que vous avez été pour moi.

Le premier jour de notre rencontre, je trouvais dans votre visage certains traits, certains passages moins doux, peut-être. Maintenant ce sont ceux-là que je préfère ; je ne les regarde jamais sans une tendresse immense, sans une grande envie de vous parler plus amicalement encore.

Il y a des gestes, des phrases, des mouvements de fonds que j’ai recueillis précieusement, sans que vous le sachiez : je me rappelle, le premier jour, votre façon de me regarder en face tout d’un coup — comme on regarde quelqu’un qui ment.

Je me rappellerai toujours le son de votre voix, si simple, si grave et si drôle.

Je me rappelle encore la façon dont le soir, au théâtre, votre poitrine délicate s’appuyait sur votre pauvre chemise.

Je me rappelle aussi ces baisers sur le front que ma grande amie me donnait en me disant : «  Il ne faut vous embrasser que comme cela, vous êtes trop petit ! » […]

Je me rappellerai encore bien d’autres choses plus belles, comme ces grands frissons qui vous traversent et vous font tant de mal et qui sont beaux pourtant.

C’est ainsi que vous me faites mal et que je vous aime pourtant. [...]

Tout ce que je vous ai écrit, Jeanne, si vous y croyez un peu, rien qu’un peu, je resterai votre tout petit, ma toute grande, n’est-ce pas ?

Mais si vraiment cela vous éloigne de moi davantage encore, s’il n’y a vraiment que nos corps qui aient joué ensemble et rien de plus, alors, je vous supplie, repoussez-moi, renvoyez-moi, ne laissez plus auprès de vous quelqu’un qui se trompe ainsi, arrachez-moi de vous pendant qu’il en est temps encore. [...]"

 

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  • Romain Gary (1914-1980) à Christel Söderlund, le 06 septembre 1937 :

"Christel, ma lointaine, ton petit cheval est ravissant et il restera toujours sur mon bureau, à côté de ta photo.

Et Gösta Berling sera toujours mon livre de chevet. Et tes yeux sont ce qu’il y a de plus bleu sur terre et tes cheveux sont plus blonds que ceux de Gösta.

Je ne peux pas les oublier, petite Christel. Je ne peux rien oublier. Aime-moi, veux-tu ? Un tout petit peu. En tout cas, mens-moi. Dis-moi que tu m’aimes. Même si ce n’est pas vrai.

Il est une heure du matin. Je viens de me baigner. Je suis rentré dans l’eau là où… tu sais où. J’ai nagé loin, très loin. J’ai eu peur. Et je pensais à toi, tout le temps. Puis je suis allé boire une fine dans ce petit bistro… tu sais, là où tu as dit « oui ». [...]

En ce moment, tiens, j’ai envie de me saouler la gueule ! J’écrirai, cette nuit. Je vais continuer un roman policier que je dois livrer en décembre. J’ai déjà tué trois personnes. Avec l’argent – deux mille francs – j’irai à Stockholm. Si tu permets… Ou plutôt non, je n’irai pas à Stockholm, j’irai à Christel. Si Christel permet…[...]"

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  • Henry Miller (1891-1980) à Anaïs Nin (1903-1977), le 26 juillet 1932 :

"Anaïs,

Je continue — il est trop tard pour taper à la machine. Et puis je peux mieux dire certaines choses, quand le stylo court silencieusement sur le papier. Tu me manques terriblement. On dirait que je ne sais pas comment tuer le temps d’ici ton retour. Ton départ pour le Brésil est inimaginable pour moi. C’est impossible ! Rentreras-tu un peu avant Hugo — pourras-tu passer quelques jours avec moi, seule ? Je rêve si souvent (des rêves de jour) à ces dernières heures à Louveciennes. Je n’ai jamais connu d’heures plus précieuses. Ta façon de dire « Sapristi ! » était si drôle, et la manière dont tu te réveilles — qui ressemble à celle dont tu t’endors —, paisiblement, avec un étonnement émerveillé dans tes yeux endormis — mais si calme, si paisible, si doux. Et même ta façon d’enfiler et d’ôter tes vêtements. Sans bruit. Comme un chat. Et quelle joie de danser dans le hall — seuls dans la maison. Je pourrais passer des moments si précieux avec toi. Jamais je ne m’ennuierais avec toi, et toi avec moi ?

Je t’étais si reconnaissant de m’avoir montré ces photos. J’aimerais en posséder une. En fermant les yeux, je te revois parfaitement. Seulement maintenant je ne peux pas te revoir ailleurs que dans ce joli jardin — je te vois toujours devant le miroir, dans cette atmosphère dorée — avec cette lumière particulière qui tombait sur la pelouse, les arbres sombres, le silence et le parfum qui t’enveloppaient. Comme tu l’as écrit dans ton Journal le jour de Noël « je sacrifierais tout, etc. » — voilà ce que j’éprouve : je sacrifierais tout pour que tu puisses demeurer à ta place, dans ce merveilleux cadre qui te convient si parfaitement. Avec toi, Anaïs, je ne pourrais pas être égoïste. Je veux que tu sois toujours heureuse, en sécurité, protégée. Jamais je n’ai aimé une femme de manière si désintéressée.

Je ne fais pas grand-chose. Je suis nerveux. Je suis perdu sans toi — c’est vrai. J’ai été très ému par ta lettre, et par ta « suggestion ». Tu fais les choses les plus surprenantes. Je me demandais comment je pourrais aller au Tyrol, près de toi, même si je ne devais pas te voir — ou alors oui, te voir peut-être, pendant ta promenade, caché derrière un rocher ou un arbre. Mais j’ai beau penser, tout cela est hors de question.

Anaïs, il a suffi que tu t’éloignes un peu pour que je mesure la force de mon amour pour toi. Je me suis beaucoup retenu dans mes lettres par crainte des « accidents ». Mais maintenant je ne peux plus. Je te fais assez confiance pour que tu aies la discrétion de ne pas mettre ça sous ton oreiller. Je t’écrirais bien tous les jours, mais je sais que cela ferait mauvaise impression. Je suis dans un tel état de passion que n’importe lequel de mes mots brûlerait le papier. Je revis constamment dans ma mémoire tous les épisodes, depuis le café Viking jusqu’à la tondeuse à gazon. Je me demande si tu parles toujours dans ton sommeil. Je me demande à quoi tu penses, lorsque tu fais l’amour maintenant.

Parle moi de ça — franchement — si tu le peux, et dis-moi que je peux oser en faire autant.

Je ne peux pas écrire davantage parce que ma tête est trop pleine de tout cela. Je te vois dans mes bras, frémissante, et je me sens tout au fond de toi, pour toujours. Je suis brûlant de désir maintenant — tu n’es plus l’Anaïs à qui j’écrivais de Dijon. Tu n’es pas non plus l’Anaïs du Journal. Tu sais de quelle Anaïs je veux parler. Je suis tout à toi.

Henry."

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  • Anaïs Nin à Henry Miller, le 06 septembre 1932 :

"Henry,

[…] Tu viens de partir. J’ai dit à Hugh que je devais compléter quelque chose dans mon travail. Il fallait que je monte dans ma chambre, que je sois seule. J’étais si pleine de toi que j’avais peur de montrer mon visage. Henry, jamais aucun de tes départs ne m’a autant secouée. Je ne sais pas ce qui s’est passé ce soir, ce qui m’a attirée vers toi, ce qui m’a donné une envie folle de rester près de toi, de coucher avec toi, de te tenir… une tendresse extraordinaire et folle… un désir de m’occuper de toi… Quand tu parles comme tu as parlé de Jeunes filles en uniforme, quand tu te montres attentionné et sensible, je perds la tête. Pour rester avec toi une seule nuit, j’aurais balancé toute ma vie, j’aurais sacrifié cent personnes, j’aurais brûlé Louveciennes, j’aurais fait n’importe quoi. Je ne dis pas cela pour t’inquiéter, Henry, je ne peux tout simplement pas m’empêcher de le dire, je déborde, désespérément amoureuse de toi comme je ne l’ai jamais été de personne. Mais si tu étais parti demain matin, la pensée que tu aurais dormi sous le même toit m’aurait agréablement soulagée du tourment que j’éprouve ce soir, tourment de me sentir coupée en deux à la minute où tu as refermé la grille derrière toi.

Henry, Henry, Henry, je t’aime, je t’aime, je t’aime. J’étais jalouse de Jean Renaud qui t’a pour lui tout seul ces jours-ci, qui dort à Clichy. Ce soir, tout fait mal, non seulement la séparation, mais cette terrible envie de ton corps et de ton esprit, cette envie qui grandit chaque jour et me remue de plus en plus. Je ne sais pas ce que j’écris. Je me sens te serrer contre moi, comme jamais je ne t’ai serré, avec plus d’intensité, plus de tristesse, plus désespoir, plus de passion. Je suis à genoux devant toi, je me donne à toi, et ce n’est pas assez, pas assez. Je t’adore. Ton corps, ton visage, ta voix, toute ta personne, oh ! Henry, impossible maintenant d’aller dormir dans les bras de Hugo — je ne peux pas. J’ai envie de fuir afin d’être seule avec mes sentiments pour toi."

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  • Paul Valéry (1871-1945) à Jean Voilier (éditrice et romancière 1903-1996) :

- le 19 février 1939 :

"Je t’ai quittée, il y a deux heures et déjà je n’en puis plus.

 Vraiment… on ne s’ennuie pas assez, ensemble…

 Comment diable supporter d’autres gens que Vous et Moi ?

 Le peux-tu ?[...]"

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- le 24 mars 1939 :

"CE SOIR, où es-tu ? [...]

 OUI, ce soir, ma chérie, j’ai besoin de toi à un point vraiment aigu. Besoin. C’est bien pire que désir. C’est tout autre chose. C’est sentir même comme une peine immense seulement de penser à toi. Vouloir oublier que tu es, que tu fus, et ce que tu fus. Je ne peux pas supporter cela, ton absence-présence.

 Je ne sais même pas où adresser ceci, combien de temps mettra ceci pour te parvenir.

 Appelle cela « amour » si tu veux. Il faudrait un autre mot. [...]"

address-book-2246432_1280Excellente Saint-Valentin à vous, et soyez amoureux !

Sources : planet.fr et deslettres.fr

 

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