Je me souviens d’une interview dans laquelle mon ami écrivain et frère de plume Jean-Robert Lépan (alias Nepal du temps où il errait sur JE), auteur du Secret de Diane, disait que les chansons d’aujourd’hui sont un peu comme les poèmes d’hier.

Il n’est en effet pas rare de comparer les grands paroliers comme Gainsbourg, Brassens, Ferré ou Aznavour à des poètes, mais leurs textes sont en général écrits pour être mis en musique alors que les poèmes le sont pour se suffire à eux-mêmes.

Dès lors, les adapter pour en faire une chanson relève de la gageure…

Pourtant, ce sont bien des poèmes de Marceline Desbordes-Valmore (1786-1859) que Pascal Obispo choisit d’adapter en musique pour composer un album complet dédié à la poétesse : Billet de femme.

Marceline Desbordes-Valmore… Lorsque le journaliste du 19-45 évoque la poétesse sur M6, son nom ne m’est pas inconnu et me dit vaguement quelque chose. Et puis, ça me revient : c’est DivaJu qui m’en avait parlé au détour d’une conversation, me vantant la virtuosité et la modernité de sa plume. 

Charles Baudelaire (1821-1867) disait d’ailleurs d’elle ceci : « Madame Desbordes-Valmore fut femme, fut toujours femme et ne fut absolument que femme ; mais elle fut à un degré extraordinaire l’expression poétique de toutes les beautés naturelles de la femme (…) ».

Marceline Desbordes-Valmore par Hilaire Le Dru

Dès lors, ma curiosité fut piquée, d’autant que le premier extrait diffusé, Le secret perdu, me plut à la première écoute.

Bien sûr, la démarche de chanter des poèmes n’est pas nouvelle, Mylène Farmer ou François Feldman s’y sont essayés avant lui sur du Baudelaire (L’horloge et Le serpent qui danse), et Julien Clerc a déjà chanté un texte de Marceline : N’écris pas. Mais tout un album consacré à une poétesse, le fait est suffisamment rare pour être souligné. C’est également une façon de vulgariser la poésie, de la rendre accessible au grand public. Encore faut-il que le choix artistique d’Obispo ne dénature pas la plume de l’auteure !

 Le compositeur raconte ainsi sa « rencontre » avec Marceline,« En feuilletant les livres de mon père disparu j’ai rencontré une femme, avec ses mots, sa douceur, ses émotions, ses souffrances et sa douleur intense. De cette relation à distance en années, je ne suis pas sorti tout à fait indemne. Voici le résultat de cette rencontre en 12 chansons, comme 12 déclarations d’amour. »

Il en découle un résultat très homogène, d’une belle unité harmonique et teinté de mélancolie, à la fois très mélodieux et respectueux des textes. Un ensemble à mon sens très réussi, soutenu par une interprétation vocale de qualité, d’une sobriété et d’une humilité bienvenue, laissant leur place aux mots plutôt qu’à la performance grandiloquente.

Et au milieu de ces 12 titres, il y en a un qui se détache des autres, Le dernier rendez-vous, par son côté parlé, peut-être pour se rapprocher du slam et pour faire un pont entre la poésie du 19ème siècle et celle du 21ème.

Petit regret, l’absence dans le livret, du texte de la 8ème piste :  On me l’a dit.

Reste que cet album Billet de femme est une jolie façon de découvrir une partie de l’œuvre intemporelle de Marceline Desbordes-Valmore, même si les puristes préfèreront la lire que l’écouter chantée.

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