JE-lecturesAnna Gavalda, je l'avais découverte avec son recueil de 12 nouvelles Je voudrais que quelqu'un m'attende quelque part (éd. Le Dilettante, 1999). index20A l'époque, je bossais dans le CDI d'un lycée professionnel. Et c'était le titre qui m'avait d'abord attiré, et puis le format nouvelle. Au final, j'avais été particulièrement séduit par la plume de l'auteure, même si certaines nouvelles étaient plus réussies (notamment Permission dont le contenu fait sens au titre choisi pour le recueil, et Clic-clac, plutôt drôle) que d'autres.

L'expérience de lecture ayant été plutôt agréable, j'eus donc envie de la découvrir sur un format plus long. Mais le pitch de son premier roman Je l'aimais  ne m'inspirait guère. Contrairement au quatrième de couverture d'Ensemble, c'est tout (éd. Le Dilettante, 2002), beaucoup plus alléchant :

"Et puis, qu'est-ce que ça veut dire, différents ? C'est de la foutaise, ton histoire de torchons et de serviettes...
Ce qui empêche les gens de vivre ensemble, c'est leur connerie, pas leurs différences..."

Camille dessine. Dessinait plutôt, maintenant elle fait des ménages, la nuit. Philibert, aristo pur jus, héberge Franck, cuisinier de son état, dont l'existence tourne autour des filles, de la moto et de Paulette, sa grand-mère. Paulette vit seule, tombe beaucoup et cache ses bleus, paniquée à l'idée de mourir loin de son jardin.
Ces quatre-là n'auraient jamais dû se rencontrer. Trop perdus, trop seuls, trop cabossés. Et pourtant, le destin, ou bien la vie, le hasard, l'amour - appelez ça comme vous voulez - , va se charger de les bousculer un peu.
Leur histoire, c'est la théorie des dominos, mais à l'envers. Au lieu de se faire tomber, ils s'aident à se relever.

Là, tout de suite, ça me parlait plus. J'avais envie de la lire, cette histoire. Alors je l'ai lue, et j'en suis tombé amoureux...

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J'y ai retrouvé cette qualité d'écriture qui me plaisait tant dans Je voudrais que quelqu'un m'attende quelque part, cette façon de dépeindre les sentiments, en plus abouti puisque sur la longueur, on s'attache davantage aux personnages. De beaux personnages, vrais, cassés, avec de l'épaisseur. De très jolis moments de poésie aussi, presque magiques. Un sens des dialogues qui claquent, qui ne font pas artificiels ni surfaits.

- Tu crois que c'est comme tes mines de crayon ? Tu crois que ça s'use quand on s'en sert ?
- De quoi ?
- Les sentiments.

Anna GavaldaIl y en a qui comparent Gavalda à Levy ou Musso, mais pour les avoir lus tous les trois, je vous confirme qu'elle ne boxe pas dans la même catégorie. C'est un peu comme comparer un blockbuster à un film d'art et d'essai. Quand l'un privilégie le spectaculaire et l'intrigue à rebondissements, l'autre est davantage centré sur quelque chose d'intimiste. Et c'est très difficile de mettre en relief une scène de la vie quotidienne, les sentiments qui transpirent des personnages à ce moment-là, c'est pour ça que je trouve que Gavalda est une grande et belle plume : elle utilise des mots simples pour mettre en exergue tout ce qu'un individu peut ressentir.
Bref, tout dépend ce que l'on recherche dans la lecture à l'instant où on se décide à opter pour tel ou tel type de bouquin. Levy/Musso divertissent, et d'excellente manière pour leurs meilleurs romans (il y en a hélas qui sont des ratages complets, qui fleurent le roman de commande), quand Gavalda émeut (en tout cas dans Ensemble, c'est tout, parce qu'elle ne m'a au contraire pas du tout embarqué dans son roman La vie en mieux.)

Plus tard, attiré par la curiosité de découvrir ce qu'une mise en images de cette histoire qui m'avait tant touché pouvait donner, j'en visionnerai l'adaptation ciné de Claude Berri (qui avait déjà adapté Jean de Florette/Manon des Sources et Germinal), très fidèle à l'esprit du roman. Audrey Tautou et Guillaume Canet, dont je suis loin d'être fan, sont parfaits dans leur rôle. Mais ça reste quand même en-dessous du bouquin, il y a moins de poésie, la fin notamment a un rendu plus "cliché" que dans le livre. Semi-déception quand même donc, mais on l'est presque toujours, déçu je veux dire, quand on a d'abord lu et adoré un livre, en particulier son écriture.

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Alors, c'est avec les mots de Gavalda, issus de ce magnifique roman, que je préfère vous laisser. Peut-être vous inciteront-ils à le lire...

"Tu as raison, on ne va pas y arriver... Il vaut mieux que tu te casses, mais laisse-moi te dire deux choses avant de te souhaiter bonne route : la première, c'est à propos des intellectuels justement... C'est facile de se foutre de leur gueule... Ouais, c'est vachement facile... Souvent, ils sont pas très musclés et en plus, il n'aiment pas ça, se battre...Ça ne les excite pas plus que ça les bruits de bottes, les médailles et les grosses limousines, alors oui, c'est pas très dur... Il suffit de leur arracher leur livre des mains, leur guitare, leur crayon ou leur appareil photo et déjà, ils ne sont plus bons à rien ces empotés... D'ailleurs, les dictateurs, c'est souvent la première chose qu'ils font : casser les lunettes, brûler les livres ou interdire les concerts, ça leur coûte pas cher et ça peut leur éviter bien des contrariétés par la suite... Mais tu vois, si être intello ça veut dire aimer s'instruire, être curieux, attentif, admirer, s'émouvoir, essayer de comprendre comment tout ça tient debout et tenter de se coucher un peu moins con que la veille, alors oui, je le revendique totalement : non seulement je suis une intello, mais en plus je suis fière de l'être... Vachement fière, même... Et parce que je suis une intello comme tu dis, je ne peux pas m'empêcher de lire tes journaux de moto qui traînent aux chiottes et je sais que la nouvelle béhème R 1200 GS a un petit bidule électronique pour rouler avec l'essence pourrie..."

Klik-Aventador