images25Eh non, ceci n'est pas un manuel "pour les nuls" destiné à tout "Jean-Claude Dusse souhaitant conclure" qui sommeille en vous !

Et au risque de vous décevoir, entre Asyne et moi, il n'y a rien de sexuel non plus. Non mais attendez, restez encore un peu avec nous, parce qu'on va parler cul quand même ! De la différence entre érotisme et pornographie en littérature, toussa toussa...

Aux dires de nos auteurs interviewés, 50 nuances... est un peu à la littérature érotique ce qu'a été le film français Emmanuelle au cinéma pour adulte, à savoir une oeuvre qui a libéré les mentalités et donné les codes d'un érotisme "moralement acceptable" (par opposition à la pornographie). Ces deux oeuvres à succès, que tout le monde connaît au moins de nom, deviennent au fil du temps des références, des classiques de l'érotisme, des "must" incontournables (même le président de la République de l'époque, Valéry Giscard d'Estaing, était allé le voir en salle l'année de sa sortie !). Un genre qui n'a toujours pas droit à ses lettres de noblesse - c'est encore difficile pour un auteur (notamment féminin) d'avouer publiquement qu'il écrit dans cette veine - mais qui n'est plus marginalisé. Au point que la littérature érotique soit aujourd'hui beaucoup plus présente (en particulier grâce à l'essor du numérique) que les films érotiques dans l'univers cinématographique et qu'il ne soit plus perçu comme honteux le fait d'en lire.

index2Et nos auteurs l'expliquent très bien à travers leurs réponses au cours de leur interview : le vecteur littéraire de l'érotisme s'adresse davantage aux femmes qu'aux hommes, alors que le vecteur vidéo est majoritairement destiné aux messieurs. Et pour être tout à fait honnête, l'érotisme vidéo, généralement timoré (surtout vu d'aujourd'hui et à l'heure d'internet) ne satisfait généralement pas le public masculin. D'où la consommation massive de films pornos (en téléchargement) alors même que, paradoxalement, l'industrie du X ne s'est jamais portée aussi mal. Sans doute est-ce dû à un accès trop "facile" à ce genre cinématographique via le web.

Cela étant, mesdames, j'ai envie de dire que la littérature érotique s'autorise bien souvent à aller plus loin dans le "sexuellement explicite" que le cinéma érotique, d'où le flou qui entoure ce genre littéraire, qui se met de fait à flirter avec la pornographie. Est-ce à dire que la cible de la littérature érotique contemporaine est la même que celle de l'access prime time audiovisuel, à savoir faire rêver, sortir de son quotidien la ménagère de moins de 50 ans ? Sans doute oui, car que ça vous étonne ou pas, messieurs, les femmes elles aussi fantasment, et pas que sur des trucs plan-plan. th21En effet, elles pensent "sexe" autant que nous mais pas de la même manière. Il leur faut un minimum de contexte pour les embarquer sur l'autoroute du désir/plaisir (c'est toujours bon à savoir si vous voulez avoir davantage de succès avec les filles qu'un certain Jean-Claude précité).

Mais alors quid de la définition de la pornographie selon  Marguerite Duras : "L'insolite et l'illicite, deux ingrédients indispensables de toute pornographie" ? Clairement, et sur ce point je rejoins Sara Agnès L., il est évident que la notion d'érotisme et de pornographie fluctue au gré du contexte d'une époque : ce qui choquait et était taxé de pornographique en 1950 ne le serait plus aujourd'hui (les pratiques homosexuelles sont désormais de moins en moins tabous). Est-ce à dire qu'à l'heure actuelle, le genre pornographique ne pourrait recouvrir que les pratiques pédophiles, incestueuses, non consenties, zoophiles, nécrophiles... ? Non, et la filmographie classée X nous prouve que le porno "traditionnel" existe encore, et fort heureusement j'ai envie de dire.

Certes mais du coup, en littérature, quelle est la différence entre pornographie et érotisme si même ce dernier devient sexuellement explicite ? Eh bien d'après nos auteurs, tout est une question d'intrigue, de ce que la scène érotique veut raconter. Et au final, je rejoins assez bien cette analyse, parce que quand il n'y a pas de scénario ou qu'il n'est que prétexte aux ébats, je n'accroche pas (et pourtant je suis un homme. Serait-ce ma part de féminité qui s'exprime ?). Ca ne m'émoustille pas. Et si j'en crois la critique d'un mec à propos d'une nouvelle hot auto-éditée sur Amazon (Défoncée par les garçons d'honneur, de Katia Lopez - ce qui n'empêche pas l'ebook en question d'être classé dans le top 100 "érotisme" de la célèbre plateforme de téléchargement numérique), je ne suis pas le seul gars dans ce cas : il faut une histoire et des persos auxquels on croit, pas juste un enchaînement tarabiscoté des scènes de cul sans queue ni tête (enfin si, mais bon...). Et quand on tombe sur ce type de bouquin apparemment très mal écrit - toujours selon le lecteur critique d'Amazon - c'est très préjudiciable aux auteur(e)s qui se cassent la tête à pondre une intrigue qui tient la route pour rendre le récit érotique.

th61Bref, que l'on soit un homme ou une femme, et cela tient au vecteur proprement dit, le cul juste pour le cul, cela ne fonctionne pas, même si selon ses attentes, la scène de sexe peut s'avérer trop rapidement expédiée (ah ah, les étalons ne sont plus ce qu'ils étaient et n'auraient donc pas l'endurance sexuelle que l'on croit ! A moins que ça ne soit des éjaculateurs précoces, allez savoir...).

Pour ma part, j’ai lu avec attention les trois interviews féminines et j’ai sauté sur l’avis masculin (bien sûr ^^) histoire d’en apprendre plus, de découvrir quels sont ces codes et leurs perceptions de l’érotisme. Aventador a assez bien synthétisé tout cela je trouve. Donc, que rajouter de plus ? Stimulation du cerveau, identification, montée d’intensité dans les dialogues à des moments précis, tout cela permet de se nourrir sans honte de la situation et partager ces instants. Des ingrédients faciles à identifier, mais tout un art pour les transcrire à la perfection.

th59Et les mots crus, s'ils sont utilisés à bon escient, dans le contexte qu'il convient, ne sont pas non plus exclus de l'érotisme, qui peut être plus ou moins soft selon les auteurs et les attentes des lecteurs (qui sont plutôt des lectrices, vous l'aurez compris). Ils participent de cette montée en intensité du désir, du plaisir des protagonistes. Ils ne sont plus un marqueur différentiel entre la pornographie et l'érotisme, pas davantage que les détails sexuels. Les auteurs vous l'ont dit, tout est une question d'intention.

De plus, moi qui suis une adepte de l’application Booktubers - ce qui fait que je ne rate plus aucune sortie d’avis de booktubeurs - j’ai pu constater que de plus en plus de blogueurs proposaient des comptes-rendus de lecture MM. Peut-être une nouvelle mode qui permettra une banalisation et une plongée dans l’acceptation d’une autre relation sexuelle.

Oui, l'homo ou la bisexualité font partie intégrante de la société d'aujourd'hui, et il est normal que l'homoromance et l'érotisme en soit le reflet puisqu'elles traitent de la relation intime à l'autre. Et du fait de ce reflet sociétal dans lequel le sexe est de plus en plus "exposé", même au regard des plus jeunes (aujourd'hui, la vue d'une femme aux seins nus s'est beaucoup "banalisée", alors que l'avènement de l'érotisme à la télévision dans les années 80-90 à une heure de grande écoute avait été vécu comme une révolution - souvenez-vous de la playmate dans l'émission de Stéphane Collaro Coco-boy et sa suite Cocoricocoboy ou du magazine télé coquin Méfiez-vous des blondes, présenté par Amanda Lear. A l'opposé, les premières soirées "hard" proposées par Canal Plus à ses abonnés le premier samedi du mois étaient elles aussi, au milieu des eighties, "révolutionnaires" pour le X), on peut se demander si l'érotisme littéraire ne va pas finir par fagociter définitivement le porno, qui prendra sa revanche dans d'autres médias plus visuels, dans lesquels il supplantera l'érotisme.

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Il ne leur restera alors plus qu'un seul "ring" commun : celui de l'expression graphique (BD ou mangas, peintures...) ou photographique. Ce sont des médias visuels, certes, mais dans lesquels la dimension (plus ou moins) artistique, déjà utilisée par certains comme moyen de différencier l'érotisme de la pornographie dans la littérature (cf la première partie introductive de ce dossier), permet encore de compartimenter les oeuvres en les affiliant à l'un ou l'autre de ces genres. Mais en définitive, cela restera toujours sujet à débat, selon sa propre définition de l'érotisme et de la pornographie (cf les commentaires Amazon de l'anthologie figurée ci-dessus).

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