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L’amour dure trois ans. C’est en tout cas ce que martèle Frédéric Beigbeder dans son roman éponyme, d’inspiration autobiographique, qu’il a lui-même adapté au cinéma, et c’est à partir de ce postulat que j’avais écrit ma nouvelle « Accident de parcours » qui concluait mon recueil « Ephémères et diluviennes », publié en 2013.

Oui mais alors quid de la longévité d’un couple, des mômes qui naissent de cette union ? Sont-ils nécessairement voués à n'être que des enfants de divorcés, à devoir s’adapter sans cesse au concept très tendance de « famille recomposée » ? Et puis d’abord, pourquoi se marier si l’on sait d’avance que ce n’est pas pour la vie ?

Les revues pseudo-scientifiques seraient plutôt raccords avec la théorie de Beigbeder, puisque tout est question d’hormones. La première d’entre elles à intervenir est la phényléthylamine (dite PEA) lors du premier choc amoureux. C’est une hormone aussi addictive qu’une drogue, provoquant extase, euphorie et hyperactivité. C’est grâce à elle que nous percevons notre nouveau partenaire comme un être parfait. Au début du moins… Parce que selon Anouk Truchot, thérapeuthe de couple : « La PEA altère la réalité. Elle donne l’illusion qu’on ne fait qu’un, que l’on n’aura jamais de conflit. »

Ensuite, c’est la dopamine qui prend le relais, liée aux sentiments de plaisir et de besoin. Elle aussi est addictive. En clair, c’est tout ce qui fait que nous avons, au début d’une relation, cette attirance charnelle irrépressible, ce qui stimule le désir. A ce stade-là, tout va bien. Mais au bout d’un moment, quand le quotidien, la monotonie s’installe dans les rapports amoureux du couple, la dopamine s’évente, la tentation d’aller voir ailleurs se renforce, et c’est là que l’amour est en danger.

Aïe ! Ce serait donc vrai, toutes ces conneries de contes de fée ne seraient donc que purs fantasmes dont on nous abreuve à outrance, gamins ? Les princes charmants n’existeraient donc pas, pas plus que les jolies princesses qui dorment au bois et qu’on ne réveille que d’un baiser ? Le mariage une institution pour pouvoir forniquer sans subir les foudres de l’Église, les gosses issus d’une union un dommage collatéral dû à une absence de contraception à travers les âges ?

Non, rassurez-vous, il existe des parades pour retenir cet inconstant qui sommeille en nous, et c’est une troisième hormone qui se trouve être la planche de salut de la longévité d’un couple, le moyen d’entretenir et de ranimer la flamme amoureuse : l’ocytocine, abusivement appelée « hormone du bonheur ». C’est surtout l’hormone de « l’attachement », et sa sécrétion dépend beaucoup de l’attitude de l’autre dans le couple, stimulée par tous les petits faits et gestes du quotidien qui font que l’on se sent aimé et en sécurité.

Eh oui, messieurs, descendre la poubelle ou passer l’aspirateur pour soulager votre dame serait sans doute beaucoup plus efficace pour obtenir ses faveurs qu’un « oui oui, chérie » marmonné au fond de sa barbe lorsqu’elle vous sollicite et que ça n’est pas suivi d’effets !

Et si au final la solution la plus efficace était la décohabitation, celle qui permettrait de briser ce tue-l’amour qu’est la routine quotidienne ? Elle pourrait être une façon de relancer l’activation de dopamine, de susciter ce manque nécessaire pour contrer l’exaspération de cette omniprésence pesante sur le long terme ? « Why not ? me direz-vous, même si avec des minots au milieu et l’obligation d’avoir un « chacun chez soi » est difficile à mettre en œuvre en réalité ! »

Bref, tout est question de chimie et d’alchimie, et il ne tient qu’à nous de faire durer l’amour plus longtemps.

Mais en pratique, c’est bien plus compliqué que ça, l’amour pouvant à l’extrême provoquer une jalousie aussi étouffante qu’inapropriée, flirter avec la violence d’une relation sado-masochiste, voire avec le crime passionnel, issue fatale d’un amour contrarié ou non réciproque.

Au fond, l’amour le plus pur, le plus chaste est celui que l’on donne ou reçoit de nos enfants, parce qu’il est à mon sens inconditionnel. Mais là aussi il y a des cas d’école qui font exception…

Alors l’amour, s’il est un sentiment universel, reste compliqué, ambivalent, tout autant source de bonheur intense que d’inconsolable chagrin, d’oeuvres artistiques incontournables nées de cette muse vieille comme le monde, et pourtant si intarissable. Mais pourrions-nous réellement vivre sans amour ?

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