De par leur métier, Romy Schneider et Patrick Deweare sont des stars, des personnalités publiques à part entière. Elles ont besoin de la presse, des médias pour se promouvoir. Sauf que dans les années 70-80, imposer des limites, une frontière entre vie publique et vie privée n'est pas dans l'usage du star-système.

Et si ces deux comédiens en sont bien conscients, ils en feront néanmoins les frais à leur corps défendant.

Mauvaise presse...

images_deweareSi Deweare oscille constamment entre star/anti-star dans ses attitudes, ses postures, il sait parfaitement ce qu'il doit au public : "Si j'en suis arrivé là, c'est qu'en quelque sorte, j'ai un peu été élu par le public...". A propos de sa célébrité, il déclarera même ceci lors d'une interview accordée à la Radio Télévision Suisse en novembre 1981 : "Il y a des inconvénients énormes... Mais c'est tellement rien à côté des avantages ! " Toutefois, au cours de cette même interview, il précise qu'il existe un contrat moral qui consiste selon lui à offrir au public la meilleure partie de lui-même, de ce qu'il sait faire sans avoir pour autant à livrer sa vie privée aux médias. Il explique ainsi qu'en tant qu'acteur, il a besoin d'enregistrer les événements de la vraie vie, pour enrichir ensuite sa pratique professionnelle, et qu'il a "envie de vraiment vivre les choses". Mais il souligne que "le public ne se rend pas compte à quel point un article de presse peut avoir un impact terriblement violent sur la vie personnelle ", et c'est sans doute pour cette raison qu'il aura ce type de réaction - violente - à la suite de la parution d'un article de Patrice de Nussac dans le Journal du Dimanche. Réaction qui lui vaudra un véritable boycott des médias et de la presse, en guise de soutien au journaliste.

Ainsi, au cours d'une interview, ledit journaliste fait la promesse au comédien de ne pas révéler son mariage à venir avec celle qui deviendra sa deuxième épouse : Elsa Chalier. Information lâchée un peu trop imprudemment par Deweare à Nussac en raison des liens d'amitié qu'ils entretiennent. Or, ce dernier ne tiendra pas sa promesse, ce qui rendra fou furieux l'acteur, qui se présente alors chez le journaliste avec sa compagne pour lui demander des comptes. "Je me suis senti décapité quand il m'a fait ça !", affirmera plus tard le comédien pour se justifier. Impulsif et coutumier des réactions à chaud, Deweare le frappera d'un coup de poing (qui doit être plutôt violent dans la mesure où le comédien s'était préparé quelques années plus tôt à incarner un boxeur dans Lily aime-moi en combattant par deux fois contre un boxeur pro). Si l'affaire se résoudra à l'amiable avec un dédommagement de 75 000 francs, l'acteur sera néanmoins poursuivi en justice et condamné à un an d'emprisonnement avec sursis et 10 000 francs d'amende.

P.Deweare & Elsa Chalier, sa seconde épouseMais au-delà de cette condamnation et de ce coût pécunier, c'est toute une profession qui se range derrière Nussac, notamment Daniel Bilalian, alors présentateur du JT de 20 heures sur Antenne 2,  qui justifiera sa prise de position ainsi : "Il s'agit d'un acte qu'on peut considérer comme scandaleux contre notre corporation." Dès lors, Patrick Deweare ne sera plus interviewé et la presse omettra même son nom dans ses articles concernant le film Un mauvais fils, fait sans précédent en France (au mieux, seules ses initiales seront mentionnées, le long métrage de Sautet y étant par ailleurs assez vertement critiqué en représailles). Yves Mourousi s'inscrira également dans la même mouvance journalistique de boycott puisque lorsqu'il recevra une partie de l'équipe du film Mille milliards de dollars, il ne laissera que quelques secondes au comédien, qui tient pourtant le rôle-titre, pour s'exprimer sur une interview de 9 minutes. Parallèlement et dans ce contexte de rejet des médias, les producteurs éprouveront quant à eux quelques réticences à l’employer. Lui qui a une telle soif de reconnaissance populaire et se sent comme un acteur de seconde zone, en particulier vis-à-vis de son ami et alter ego Gérard Depardieu, il le vivra évidemment très mal sans vraiment regretter son geste : "Ce n'est pas la presse qui a eu des rapports difficiles avec moi... C'est un mec. (...) ce n'est pas de sa faute, le pauvre, s'il était journaliste ! (...) Si c'était à refaire, je ferais exactement la même chose."

Romy Schneider en 1982Pour Romy, l'intrusion des médias dans sa vie ira beaucoup plus loin, Sissi ayant fait très tôt d'elle une star. "C'est une sensation curieuse, quand je sors dans la rue maintenant. Parfois les gens se poussent du coude en disant : "N'est-ce pas Romy Schneider ?"
Et ils me dévisagent. C'est agréable et agaçant à la fois. Je me sens tiraillée. Une fois je suis fière, une autre fois j'aimerais m'asseoir dans un bistrot et manger une saucisse sans que personne ne me regarde et ne m'examine pour voir comment je m'y prends et si je me tiens bien à table. Ou si au contraire je me tiens mal et pourquoi." (14 décembre 1954, extrait du livre Moi, Romy qui reprend les pages du journal intime de l'actrice)

Ce statut, elle ne l'assume pas : "J'ai toujours détesté le mot "STAR", et surtout tout le battage dont il s'accompagne. Je suis avant tout une actrice, qui exerce son métier aussi bien que possible depuis de nombreuses années, comme beaucoup d'autres font de même avec le leur."

C'est pourtant quelque chose qui revient de façon récurrente en interview, notamment face à ce journaliste en 1974 :

-Est-ce que ça vous gêne si on vous colle l'étiquette de star ?

-Ca me gêne pas mais ça m'emmerde, ce mot.

-Et vous, est-ce que vous avez conscience d'être une star ?

-Non je ne (le) suis pas, pas du tout. Ca n'existe plus. Chez nous en Europe, je pense que ça n'existe plus.

Pourtant, l'actrice sait combien la gloire, la célébrité n'est pas sans contrepartie : "On ne peut espérer tout avoir. Le succès a un prix qu'il faut payer." Et elle va le payer, très cher !

Tout commence avec sa romance avec Alain Delon, leurs fiançailles, son installation avec lui à Paris, son émancipation de la tutelle de sa mère Magda Schneider et de son rôle de Sissi. Son public d'origine ne lui pardonnera pas ce qu'il qualifiera de trahison, s'estimant abandonné, et ce sentiment sera relayé par la presse allemande qui n'aura de cesse d'égratigner les "fiancés de l'Europe". Dès lors, les rapports entre l'actrice et ces médias seront en permanence conflictuels, la laissant sombrer dans l'anonymat lors de son retour à Berlin, ou au contraire surexposant sa détresse et sa vie privée les dernières années de son existence. Elle ne manquera d'ailleurs jamais de lui renvoyer en pleine figure son passé d'interprète de Sissi. Ce à quoi Romy répondra, dans une interview donnée au magazine Stern en avril 1981 : "Je déteste cette image de Sissi. Qu'ai-je donné aux gens en dehors de Sissi, toujours Sissi ? Cela fait bien longtemps que je ne suis plus Sissi, et d'ailleurs, je ne l'ai jamais été. Je suis une femme malheureuse de 42 ans, et je m'appelle Romy Schneider." Romy/Delon le 07 juillet 1981

Cette délectation qu'aura la presse à scandale à traquer le moindre vacillement personnel de l'actrice fera d'elle une proie livrée en pâture aux journalistes, et elle trouvera son paroxysme d'indécence et d'irrespect lors cet épisode tragique qui la marquera profondément au point de ne lui survivre que 10 mois : la mort accidentelle de son fils David, alors âgé de 14 ans. Face à Michel Drucker, ce n'est pas une star, mais une femme et une mère blessée qui s'exprime avec autant d'émotion que de colère contenue : "Si on sait (...) ce que certains soi-disant photographes sont capables de faire, je pense que le public a le droit de le savoir, qu'on se déguise en infirmier pour photographier un enfant mort, qu'il y a une certaine presse (allemande uniquement, la presse française refusera de publier ces clichés morbides) qui achète et qui publie, à la une comme on dit, où est la morale, où est le tact ?"

Alain Delon, l'ex-fiancé devenu l'ami, le frère, le confident de l'actrice, manquera même de se battre avec ces paparazzis chasseurs de scoops au cours de l'enterrement de David (le 7 juillet 1981), pour protéger le deuil, la tristesse et la pudeur d'une Romy anéantie. D'où sa revendication devant Drucker : "Surtout, qu'on me laisse enfin tranquille !". Elle n'aura hélas pas le temps de l'être puisqu'elle décèdera peu après.

 A suivre...

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