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L'affiche, hyper glamour, est trompeuse. Onze ans après Titanic (1997), le couple mythique et ultra romantique formé par Kate Winslet et Leonardo DiCaprio est à nouveau réuni à l'écran par Sam Mendes, alors époux de l'actrice d'origine britannique. img029

Une sensation étrange, comme si les personnages qu'ils avaient incarnés dans l'oeuvre de James Cameron avaient finalement pu vivre leur idylle, se marier, avoir des enfants ensemble... Ce n'est pas un hasard, il y a une filiation quelque part, une filiation qui sert le message du réalisateur : toutes les histoires d'amour débutent de la même manière, tout est rose-bonbon au début, féérique, magique. C'est après que ça coince, sur la durée. Beigbeder dit même que l'amour ne durerait que trois ans...

Mais ceci est un autre débat, revenons plutôt à Kate & Leo, et à leurs "Noces rebelles", à cette adaptation cinématographique du roman de Richard Yates : "Revolutionary Road" (titre original du long métrage de Mendes), paru en France en 1961 sous le titre de "La fenêtre panoramique". Le livre fut vivement critiqué à sa sortie aux Etats-Unis, parce que mal compris selon son auteur : « Bon nombre de gens ont considéré ce livre comme un pamphlet contre la banlieue, ce qui m'a beaucoup déçu. Je l'avais voulu davantage comme une charge contre cette soif générale de conformisme qui s'est emparée de tout le pays, contre ce désir de coller aveuglément et désespérément à la sécurité à tout prix... Je voulais suggérer que la route de la révolution de 1776 était devenue, dans les années 50, quelque chose qui ressemblait beaucoup à une impasse.»

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C'est ce qui intéressera Mendes, cette lecture de la vie américaine et la remise en question de la nature réelle du mariage : « Dans cette histoire, j'ai vu la possibilité de disséquer une relation de couple, d'en montrer toute la difficulté, la vulnérabilité, la cruauté et l'émotion brute. Parfois, deux personnes qui veulent être ensemble, qui ont le sentiment qu'elles doivent être ensemble, en sont tout simplement incapables. Les sentiments que l'on éprouve devant l'histoire de Frank et d'April deviennent aussi conflictuels et mystérieux que ce qu'on ressent envers les rapports humains et la vie en général. C'est une œuvre riche d'intelligence, d'excentricité, d'originalité, avec des personnages auxquels on s'attache, parfois peut-être malgré soi. Elle foisonne de détails sur les êtres humains et sur ce qu'ils ont de formidable et de terrible. C'est tout cela que j'avais envie de rendre à l'écran. »

Dès lors, la qualité de la photo, très léchée, lumineuse, sert le propos que cherche à défendre le réalisateur, parce qu'elle sublime les apparences alors que la réalité est bien plus sombre et se révèle au fur et à mesure qu'on avance dans le film.

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Dès les premières minutes, un indice se profile, une lézarde déjà. On sait qu'on ne sera pas dans une romance hollywoodienne. C'est en effet la première dispute qui donne le ton de ces "Noces rebelles".

Les Wheeler (puisque c'est leur nom) ont des aspirations, des rêves, l'envie de ne pas se laisser enfermer dans le carcan du conformisme. Comme tous les jeunes couples, ils se considèrent comme bien au-dessus des conventions sociales et de l'inertie qui règne dans leur quartier. C'est ce qu'ils affichent en permanence aux yeux de leur entourage alors que leur vie les a finalement confinés dans ce conformisme qu'ils rejettent : une jolie maison dans une banlieue résidentielle du Connecticut, sur Revolutionary Road, deux enfants, un boulot alimentaire qu'exècre Monsieur, dans la même boîte que son père...

Franck (L.DiCaprio) fuit cette existence qui ne lui convient pas, notamment en entretenant une liaison extra-conjugale qui lui permet d'éviter d'affronter le vide et l'ennui qu'il ressent au sein de son propre couple, et de son job. April (K.Winslet) n'est pas heureuse non plus dans ce rôle de mère au foyer mais ne le montre pas, au début en tout cas.

C'est elle qui sent en premier que leur couple va droit dans le mur s'il continue comme ça, à aller à l'encontre de ce qu'ils s'étaient promis de ne jamais être, alors elle initie l'envie d'un changement en proposant un projet un peu fou : tout quitter pour tout recommencer à Paris.

Cette première partie du film pose bien la nécessité d'un changement pour casser la routine, la monotonie et la lassitude qui s'installent sur la longueur dans un couple, aussi amoureux soit-il au départ. C'est ce que veut démontrer Mendes, mais il ne va pas s'arrêter là.

Parce qu'entre l'idée, utopique, de vivre d'amour et d'eau fraîche, et sa réalité, il y a un pas que Franck, de prime abord enthousiaste (leur couple surprend d'ailleurs tous leurs amis avec ce projet, et confirme son aura non-conformiste), hésitera à franchir. D'autant plus que deux nouvelles données le feront reculer : la proposition d'une promotion, et le fait qu'April attende un troisième enfant (imprévu).

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Dès lors, plus rien n'ira entre eux. Et le couple de se déchirer de plus en plus violemment, April refusant d'être réduite au simple rôle de mère et d'épouse dévouée, Franck souffrant de ne plus être aimé et admiré par sa femme.

Au milieu de ce tumulte, on se rend compte qu'ils ont sacrément mûri, les amants du Titanic. Et leur jeu aussi. Winslet et DiCaprio ont du métier et crèvent littéralement l'écran. Leurs répliques assassines sont des gifles qui cinglent littéralement le spectateur dans son fauteuil. On se prend des baffes, oui (bien que la violence ne soit que verbale) tellement ils nous assènent leur colère et leur rage avec virtuosité (Kate Winslet décrochera le Golden Globe de la meilleure actrice pour ce rôle).

Assurément, Sam Mendes ne s'est pas trompé dans son casting. Et il s'en explique : « Pour moi, ils étaient capables d'évoquer à la fois la tendresse et l'amour de ces deux êtres et la nocivité des illusions qu'ils se font l'un sur l'autre. Leo et Kate se connaissent depuis l'âge de 20 ans. Ils savent les défauts l'un de l'autre et ne peuvent pas faire semblant d'être quelqu'un d'autre quand ils sont face à face. Il existe entre eux une franchise, un soutien mutuel mais aussi une tendance à se tester l'un l'autre. »

Autour d'eux, alors que le lit conjugal commence à prendre l'eau, il y a le conformisme (leurs amis, dont Kathy Bates, elle aussi rescapée du Titanic) qui se raidit, prend de la distance quand le vernis du parfait petit couple commence à se craqueler en public. Et puis, il y a le révélateur, le dérangé, le fou qui dit tout haut tout ce que les Wheeler veulent taire, ne pas révéler, pas ouvertement. L'exorciste de leurs rancoeurs. Celui qui fait tout exploser.

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Les enfants, ceux qui ont hypothéqué leur vie et leurs envies selon April, ne sont quasiment jamais présents dans cette joute, le combat de leurs parents, et ce de façon très symbolique d'une certaine manière : toujours en garde chez une tierce personne, c'est comme si elle les rejetait alors que leur problème est ailleurs...

Le dernier matin non plus ils ne sont pas là, ces gosses, Franck et April petit-déjeunent comme si de rien n'était alors qu'ils étaient au bord de la rupture la veille. Enfin, c'est surtout elle qui fait comme si de rien n'était. C'est elle qui applique le vernis de l'apparence cette fois-ci, à destination de son mari, stupéfait. Il ne sait pas qu'au fond d'elle, elle renonce. Elle ne peut pas continuer à être cette femme-là, dans l'ombre des désirs et des choix que lui impose son homme.

De fait, la fin prend des accents très féministes quelque part, dans le sens où April choisit, elle se libère de la tour d'ivoire que Franck a érigé autour d'elle et elle dispose enfin de son corps comme bon lui semble. Elle détruit ce conte de fée d'apparat auquel elle ne croit plus (elle en est venue à détester son mari). Et c'est lui qui se retrouve prisonnier d'un destin qu'il n'a pas choisi...

Il n'y a pas de vainqueur, chacun est fautif dans ce naufrage, tout aussi destructeur que celui du Titanic.

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Le dénouement est tragique, tout à la fois cruel et superbe.Très loin des happy-ends hollywoodiennes, systématiques dans les comédies romantiques. Mais on n'est plus dans une comédie romantique, et ce depuis longtemps, Mendes ayant posé les jalons de son drame conjugal en alimentant une tension allant crescendo jusqu'au final.

Avec ce film, le réalisateur brise dans l'oeuf les clichés et les rêves d'american way of life, démistifiant ainsi définitivement les amoureux du Titanic. Par jalousie ?

Les Noces rebelles - Bande-annonce VF

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