Une vie sentimentale chaotique, deux enfants chacun au compteur, de lits différents, deux mariages et une intense passion amoureuse qui laissera des traces et place à une amitié sans faille, Romy Schneider et Patrick Deweare, en dépit de leurs différences, seront tous deux à la poursuite des mêmes chimères, de ce bonheur qui ne cessera de les fuir.

Et cela passera par des rencontres d'importances qui auront autant de répercussions professionnelles que privées.

Leurs amis, leurs amours, leurs emmerdes...

Delon / Romy : l'idylle est mythique, je l'ai d'ailleurs évoquée en détail ici : 

Spécial Saint-Valentin :

Après avoir braqué les projecteurs sur deux témoignages artistiques majeurs de célèbres idylles passionnées, poursuivons avec d'autres témoignages d'amour, issus du 7ème art. -Alain Delon & Romy Schneider Couple mythique s'il en est, emblématique du glamour des sixties, l'idylle entre Romy & Delon ne dura en réalité que 5 ans.

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Mais outre sa dimension amoureuse, cette rencontre sera capitale dans la carrière de Romy. En effet, c'est Alain Delon qui lui présentera Luchino Visconti, qui se prendra d'affection pour elle et lui offrira une bague qui ne quittera jamais son doigt. En 1961, le cinéaste et homme de théâtre fera jouer le couple dans la pièce de John Ford qu'il met en scène, Dommage qu'elle soit une putain, et fera tourner l'actrice dans son film à sketchs Boccace 70 (1962). Cette collaboration permettra à Romy de progresser dans sa technique de jeu, de l'enrichir pour appréhender des rôles très éloignés de ceux qu'elle a interprétés jusqu'ici. Seulement, sa santé est déjà fragile, et elle sera hospitalisée à la fin de l'année 1962 pour surmenage. 

Romy & A.DelonNéanmoins, ses prestations sous la direction de Visconti lui ouvrent les portes d'Hollywood (elle jouera notamment dans Le Procès d'Orson Wells, adapté du roman éponyme de Kafka, pour lequel elle recevra l'Etoile de Cristal de l'Académie du cinéma). Mais le rêve américain a un prix : celui de sa romance avec Delon, dont elle apprend les infidélités dans la presse. Traqueuse (à l'image de son père, qui en mourra en 1967) et se rendant compte que son jeu est très éloigné des techniques de l'Actors Studio, Miss Worry (Mademoiselle Inquiète, ainsi que la surnomment les médias US) sera reléguée aux seconds rôles et finira par mettre un terme au contrat qui la lie à la Columbia. Mais son retour en France est trop tardif pour retenir Delon, qui la quitte en 1963. Elle tente alors d'oublier cette déception amoureuse en acceptant de tourner dans L'Enfer d'Henri-Georges Clouzot, un long métrage qui doit contribuer à casser son image trop lisse héritée de Sissi. Hélas, ce film restera inachevé et ne sortira jamais en salle (seul un making-of est paru en DVD en 2009), le tournage ayant été interrompu à cause des problèmes de santé du réalisateur.

La Piscine

En 1968, après une carrière mise en stand-by tant par manque d'opportunités professionnelles que pour des raisons personnelles (la naissance de son fils David), elle reprendra le chemin des plateaux de cinéma grâce à Delon, qui réussit à l'imposer à Jacques Deray pour son film La Piscine, très médiatisé autour de leurs retrouvailles, pourtant purement amicales. Ce long métrage donnera un formidable élan à sa carrière en faisant d'elle l'actrice la plus demandée du cinéma hexagonal de la décennie 70. C'est ainsi que Claude Sautet en fera son égérie et qu'elle nouera de profondes amitiés avec Michel Piccoli (son partenaire fétiche avec lequel elle tournera notamment Les choses de la vie, Max et les ferrailleurs ou La passante du Sans-souci), Jean-Claude Brialy et Jean-Louis Trintignant (avec lequel elle aura une brève liaison). Ce sera d'ailleurs la décennie de sa consécration professionnelle avec deux Césars de la meilleure actrice, l'un pour L'important c'est d'aimer de Zulawski et le second pour Une histoire simple de Sautet.

Piccoli/Romy/Les choses de la vie

Sur le plan privé, c'est toutefois beaucoup moins rose, et ça aura une fâcheuse tendance à s'obscurcir au fil des années. Si sa rencontre avec l'acteur et metteur en scène berlinois Harry Meyen à l'occasion de l'inauguration du restaurant Blatzheim à l'Europa-Center de Berlin-Ouest le 1er avril 1965 débouche sur un premier mariage et la naissance de leur fils David l'année suivante, l'idylle tournera rapidement court, notamment à cause de la jalousie de Meyen vis-à-vis du succès de Romy. Et puis, Meyen a des blessures intérieures et une tendance à la dépression, issues de son passé de déporté juif. C'est d'ailleurs de cette rencontre, pourtant initiée par Magda Schneider, que naîtra la prise de conscience de Romy sur les relations privilégiées qu'entretenait sa mère avec le régime nazi : sans ses accointances avec les hauts dignitaires du IIIème Reich, Magda Schneider n'aurait jamais pu poursuivre sa carrière d'actrice durant les heures les plus sombres de l'Allemagne ; elle était même exemptée d'impôts par le ministère de la propagande nazi. Dès lors, Romy n'aura de cesse de tout faire pour racheter la conduite de sa génitrice en se convertissant au judaïsme. Cette pénitence, cette abnégation qu'elle s'inflige se retrouvera jusque dans le choix de ses rôles et de ses films. En 2012, à propos de son film L'important c'est d'aimer, le réalisateur Andrzej Zulawski dira d'elle ceci : "Je tiens Romy pour une véritable enfant de la balle. Son seul plaisir était d’y « aller ». Elle n’hésitait pas à se blesser. Sa mère, Magda Schneider, qui entretenait des liens douteux avec Goebbels, l’avait abîmée. Elle était la personne la plus malheureuse que je connaisse."

En 1972, le couple que Romy forme avec Harry Meyen se sépare. Mais son ex, toujours jaloux de sa gloire, ne lui épargne rien et demande la moitié de sa fortune contre la garde de David. L'actrice accepte bien sûr, comment pourrait-elle faire autrement ? Le divorce est prononcé en juillet 1975, et Romy se remarie en décembre de la même année avec Daniel Biasini, son secrétaire. Elle est enceinte, mais la grossesse n'ira pas à son terme, à cause d'un virus transmis au fœtus au cours de l'extraction d'une dent de sagesse.

H.Meyen, David & Romy

En juillet 1977, elle donne finalement naissance à sa fille Sarah, mais la césarienne l'a épuisée et la tiendra éloignée de son métier une année entière. L'horizon s'assombrit encore davantage en 1979, année où ses relations avec son second époux se dégradent et où un télégramme de Hambourg lui annonce le suicide de son ex-mari Harry Meyen. Elle en sera bouleversée. 1981 sera l'année la plus noire, le reste de sa vie n'étant qu'une lente agonie : divorce d'avec Daniel Biasini ; mésentente avec son fils David qui lui reproche sa nouvelle relation amoureuse avec Laurent Pétin, un producteur plus jeune qu'elle ; ablation d'un rein des suites d'une tumeur cancéreuse ; décès de David... Et la presse qui la traque en permanence...

Romy & SarahDans sa lettre posthume, publiée dans un numéro spécial de Paris-Match en juin 1982, Delon lui écrira ces mots qui savent si bien décrire pourquoi et comment Romy est partie : "(...) Quand on est Romy Schneider, et qu'on a la sensibilité et le tempérament à fleur de vie, à fleur de peau, qui était le tien. Comment leur expliquer qui tu étais et qui nous sommes, nous «les acteurs» ? Comment leur dire qu'à force de jouer, d'«interpréter», d'être ce que nous ne sommes pas vraiment, nous devenons fous et perdus ? Pour rester debout, à peu près, comment leur dire que c'est si difficile, qu'il y faut une telle force de caractère, un tel équilibre... Mais cet équilibre, comment le trouver, dans ce monde qui est le nôtre, à nous les jongleurs, les clowns, les trapézistes de ce cirque dont les projecteurs nous dorent de gloire ? (...) Que plus on devient un grand comédien et plus on est maladroit à vivre. Garbo, Marilyn, Rita Hayworth... Et toi. (...) ce métier terrible n'est pas un métier de femme. (...) Et quand on est une femme, comme toi, ils ne peuvent pas comprendre qu'on peut mourir de «ça». Ils disent que tu étais un mythe. Bien sûr... Mais oui... Mais le «mythe», lui, sait qu'il n'est que ça. Une façade. Un reflet. Une apparence. (...) Mais il rentre chez lui, le mythe, le soir. Alors il n'est que Romy, rien qu'une femme, avec une vie mal comprise, mal reçue, mal écrite dans les journaux, assaillie et traquée. Alors, il s'use, le mythe, dans sa solitude. Il s'angoisse. Et plus il est conscient, et plus il tombe, à doses plus ou moins répétées, dans les béatitudes de l'alcool et du tranquillisant. Ça devient habitude, puis règle, puis nécessité. Puis c'est irremplaçable et le cœur, usé, s'arrête parce qu'il est trop las de battre. Il a été trop malmené et bousculé, ce cœur qui n'était que celui d'une femme, le soir, assise devant un verre..."

images2Si le destin de Patrick Deweare s'écrira différemment, il sera marqué du même sceau des rencontres essentielles qui construisent une carrière, qui forge des amitiés profondes et des déboires sentimentaux qui le feront sombrer de plus en plus dans ce mal de vivre qui le ronge.

A la fin des années 60, en rupture avec les siens, il vivotera quelques temps de petits boulots, alternant les emplois de déménageurs à ceux d'acteur à la petite semaine. C'est à cette époque qu'il fait la connaissance de la comédienne-réalisatrice Sotha, avec laquelle il se marie en catimini, autant par défi que par jeu, en juillet 1968. C'est grâce aux relations de cette première épouse que Deweare intègre le collectif d'acteurs qui montera Le Café de la Gare, qui ouvrira ses portes en juin 1969 avec pour slogan : "C'est moche, c'est sale, c'est dans le vent !". Il y côtoiera régulièrement ceux qui deviendront ses plus proches amis, notamment Coluche et sa compagne du moment Miou-Miou (c'est d'ailleurs le clown à salopette qui est à l'origine de son nom de scène à cause de sa voix haut-perchée), Gérard Depardieu (qui sera autant son alter ego que son rival, surnommé affectueusement "le gros" par Deweare). Il dira de ses potes du Café de la Gare que c'est un peu une famille pour lui, qu'ils étaient là quand il n'avait même pas les moyens de se payer à bouffer, et qu'ils ne peuvent pas passer un an sans se voir. Il y reviendra d'ailleurs périodiquement. Parce que c'est véritablement là qu'il prendra goût au métier d'acteur, avec cette grande liberté de créer, sans se conformer aux formats conventionnels imposés par d'autres. Il avouera même ceci : "J'avais horreur d'être acteur quand j'étais enfant, donc j'étais très mauvais." C'est au Café de la Gare qu'il devra désapprendre tout ce qui lui a été enseigné au théâtre classique, à la télévision et dans les films formatés dans lesquels il a joué jusqu'alors. Ce sera difficile, mais il appréciera d'emblée le lien direct et privilégié avec le public.

avec Coluche & Miou-MiouPour Patrick Deweare, la première moitié de la décennie 70 sera celle de l'ascension professionnelle et du bonheur possible, même si Sotha et lui se séparent en 1972, puisqu'ils resteront néanmoins très proches. La même année, il entamera une relation tumultueuse et passionnée avec Miou-Miou, qui vient de quitter Coluche (alors momentanément fâché avec ses comparses du Café de la Gare). C'est également à cette époque qu'il rencontre Bertrand Blier, qui deviendra également son ami et sous la direction duquel il tournera à trois reprises. Ce dernier lui confiera d'ailleurs le rôle de Pierrot dans Les Valseuses (titre inspiré d'un argot alors déjà un peu daté, à la Audiard, et signifiant : les testicules), aux côtés de Depardieu, Miou-Miou, mais aussi d'Isabelle Huppert, Brigitte Fossey, Jeanne Moreau, Thierry Lhermitte ou Gérard Jugnot (ces deux derniers étant également issus du Café de la Gare). Initialement, le réalisateur avait pensé à Coluche pour incarner ce personnage. Et puis, Pierrot devait être plus petit, plus malingre que son acolyte Jean-Claude (Gérard Depardieu). Ce n'est pas le cas de Deweare. Qu'importe, les essais de l'acteur sont tels que Blier est persuadé de son talent et de son charisme pour le rôle. Frappé par la censure (interdit aux moins de 18 ans lors de sa sortie en salle en 1974 ; affiche modifiée pour masquer les fesses nues de Miou-Miou ; fin initiale considérée comme trop sombre, modifiée au montage par Blier à la demande de distributeurs américains, en vue d'un dénouement plus ouvert), Les Valseuses sera pourtant un vrai succès public avec plus de 5 millions d'entrées, et deviendra avec le temps un classique. Il est le reflet d'une époque où, au sortir de mai 68, le fossé générationnel entre une jeunesse qui se reconnaissait dans ces persos paumés et pas méchants, ravie de voir des scènes transgressives, et une France encore conservatrice, pompidolienne et bourgeoise, choquée par ce long métrage, s'élargissait.

Les ValseusesCela dit, heureusement que ce film est couronné de succès, car le tournage, émaillé des 400 coups du duo Depardieu / Deweare, fut rallongé de 15 jours. La légende veut même que la petite Angèle, fille de Deweare et Miou-Miou, ait été conçue en plein tournage. D'ailleurs, Blier avait été prévenu de longue date de cette relation puisque le comédien lui en aurait touché deux mots ainsi : "Comme, souvent, l’acteur couche avec l’actrice, on a décidé de le faire avant et on préférait te prévenir."

Pourtant, tout n'est pas rose pour autant pour le jeune couple, dont la liaison est déjà parasitée par la jalousie maladive d'un Patrick Deweare ne supportant pas les mensonges depuis les révélations qu'on lui a faites sur son père génétique. De fait, les disputes ne sont pas rares, le comédien ayant même un soir démoli la porte de la chambre d'hôtel de Depardieu, croyant que sa compagne le trompait avec lui. Par la suite, les divergences du couple sur le film Un génie, deux associés, une cloche, que Deweare considère comme étant un navet et dans lequel il refuse de jouer, ne feront qu'empirer les choses. A la faveur du tournage D'amour et d'eau fraîche (1976) pour lequel l'acteur n'est pas retenu, Miou-Miou se laissera séduire par son partenaire Julien Clerc et quittera Deweare. Furieux, celui-ci se rend à Evian, lieu du tournage du film, et casse la figure à son rival.

Dès lors, ce sera pour lui une longue descente aux enfers ponctuée par le tournage difficile de F... comme Fairbanks (1976) (puisqu'il y partage l'affiche avec son ex-compagne Miou-Miou). A la même époque, Yves Boisset l'engage pour tenir le rôle titre de son film Le juge Fayard dit "Le Sheriff" (1977), mais ignore qu'il va si mal. C'est en dehors des plateaux qu'il s'en rend compte, lorsqu'il le surprend (sans intervenir) en train de déchirer les affiches de concert de Julien Clerc. C'est là qu'il se dira qu'il "devait être terriblement malheureux." C'est également à cette période qu'il rencontrera Patrick Bouchitey (sur le tournage de La meilleure façon de marcher) et Barbara Anouilh, avec qui il s'enfoncera encore plus loin dans les tréfonds de la drogue.

Deweare & Miou-MiouEn 1979, Sotha, sa première épouse qui a longtemps repoussé l'échéance pour le protéger, finit par divorcer d'avec Deweare. Lui qui a rencontré quelque temps auparavant Elsa Chalier, va pouvoir enfin l'épouser. D'autant plus qu'elle est enceinte de lui. La petite Lola naîtra en décembre 1979. Mais l'absence de reconnaissance de la profession (nominé à plusieurs reprises aux Césars mais jamais récompensé), doublé du boycott des médias, commence sérieusement à le miner. D'autant plus qu'il ne cesse de se faire descendre par la critique.

Sa relation avec Elsa, aussi toxico que lui, est particulièrement chaotique et finira par l'achever complètement (elle le trompe fréquemment). Elle l'isole même de ses amis, qui l'estiment néfaste pour Deweare. Mais pour lui, "l'amour (...) ne peut être que passionnel." 

avec Elsa & Lola

En 1982, le couple est en crise. Lui est à Paris pour préparer le tournage d'Edith et Marcel, elle est en Guadeloupe avec leur fille Lola et se repose dans la nouvelle maison de leur ami Coluche. Deweare a stoppé la drogue à la demande de Lelouch pour son film, Elsa est également en période de sevrage et se sent trop fragile pour revenir. C'est notamment ce qu'elle lui aurait dit au téléphone le jour de son suicide. Mais Deweare a les idées noires depuis bien longtemps, des tendances suicidaires détectées dès le service militaire pour lequel il avale quantité de médicaments, sous la surveillance de Sotha, et succombe presque à un empoisonnement afin de se faire exempter. Peu avant son geste fatal du 16 juillet 1982, il ira un soir confier ses états d'âme à sa première épouse, lui annonçant clairement sa volonté d'en finir. Elle l'en dissuadera en le raccrochant à tout ce qu'il aime. Mais ses dettes colossales, ses problèmes avec le fisc, le cambriolage de sa maison (avec la disparition d'objets qui lui étaient chers) le pousseront toujours plus vers l'inéluctable sortie. Et surtout, le jour J, il aurait appris d'une tierce personne la liaison adultère de sa femme avec Coluche. Ce qui explique son choix d'en finir en se collant dans la bouche le calibre de l'arme à feu que celui-ci lui avait offerte quelques années plus tôt. Je vous l'ai dit, Deweare ne supporte pas le mensonge, la trahison. En particulier lorsque celle-ci vient de son ami et de son épouse.

Au-delà de cet élément déclencheur, Mado Maurin, la mère de l'acteur, avoue avoir ses responsabilités dans ce suicide : "Pauvre petit enfant, il te faut pardonner à ce père qui t'a tué avant de te faire vivre. Par sa faute et par la mienne aussi, tu allais porter comme une blessure, tout au long de ta courte vie, le poids de cette carence… qui, peut-être, te fera mourir."

Pour Jean-Michel Folon, qui a tourné avec lui dans Lily aime-moi et F... comme Fairbanks, "Patrick était une flamme. Une flamme, c'est fragile et ça peut s'éteindre au moindre courant d'air. Et il y a eu un courant d'air... Et Patrick s'est éteint."

Miou-Miou, elle, ne s'en remettra pas, fondant en larmes dans les bras du cinéaste Yves Boisset plusieurs années de suite, à chaque date anniversaire. Et même encore de nos jours, lorsque Drucker évoque Deweare sur le plateau de Vivement dimanche (en 2012). Au-delà de la relation amoureuse qu'ils ont vécue, au-delà du fait qu'il est le père de sa fille Angèle, il est pour elle l'un des plus grands acteurs qu'elle ait connus. Et puis, la réplique qu'elle adresse à Deweare dans F... comme Fairbanks lui correspondait tellement : "Tu roules des mécaniques mais t'es un grand sentimental..."

avec Angèle & Miou-MiouDepardieu, lui, "le gros" comme l'appelait son ami, son frère, lui écrira une lettre posthume en 1988. Une lettre dans laquelle il le compare à... Romy : "Comme Romy Schneider tu confondais ta vie et le métier d’acteur. Tu supportais mal les duretés de ce milieu. Tu étais sensible, sans défense, presque infirme devant le monde. Je te voyais venir avec toutes ces mythologies bidons autour du cinéma, de James Dean ; cela te plaisait, ce romantisme noir et buté. Tu la trouvais belle la mort, bien garce, offerte. Il fallait que tu exploses, que tu te désintègres. Tu « speedais » la vie. Tu allais à une autre vitesse, avec une autre tension. Ce n’est pas tellement que tu n’avais plus envie de vivre, mais tu souffrais trop, de vivre. Chaque jour, tu ressassais les mêmes merdes, les mêmes horreurs dans ton crâne. A la fin, forcément, tu deviens fou. Dans « Série Noire », tu te précipitais contre le pare-brise de ta voiture. J’ai toujours mal en repensant à cette scène. J’ai l’impression d’un film testamentaire. Tu te débats, tu te cognes contre tous les murs. Il y avait l’agressivité désespérée, l’hystérie rebelle de « Série Noire ». Il y avait aussi la résignation accablée du « Mauvais Fils ». Ces deux films, c’est toi. (...) Je te le dis maintenant sans gêne et sans en faire un drame, j’ai toujours senti la mort en toi. Pis, je pensais que tu nous quitterais encore plus vite. C’était une certitude terrible que je gardais pour moi. Je ne pouvais rien faire. J’étais le spectateur forcé de ce compte à rebours. Ton suicide fut une longue et douloureuse maladie. (...) Il ne faut jamais faire dans la culpabilité, se dire qu’on aurait dû, qu’on aurait pu. Que dalle. Il y avait un défaut de fabrication, un vice, quelque chose de fêlé en toi, Patrick. (...) 

On ne peut pas expliquer la complicité. (...) Avec toi, j’aurais aimé avoir une aventure. Te braque pas. Pas l’espèce de sodomie à la godille des « Valseuses ». (...) Je ne peux pas m’empêcher de penser, Patrick, que si tu n’étais pas parti, c’est peut-être toi que j’aurais embrassé dans « Tenue de soirée »."

Depardieu & DeweareLe cinéma... Pour Romy comme pour Patrick, leur filmographie respective ressemble beaucoup trop à leur vie, à ce qu'ils ont vécu à la ville. Comme une impossibilité de s'en sortir, s'en échapper. C'est ce que nous verrons dans l'ultime partie de cet article consacré à leurs deux destins parallèles.

 

A suivre...

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