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Petite introduction introductive :

JE-lecturesFallait que j’en parle. De ma déception de 2016. Movie Star, la trilogie d’Alex Cartier (parce que nous troller une fois n’était pas suffisant).

Si tu me suis un peu sur le forum Jeunes Écrivains (je suis très connue là-bas en effet, qu’y puis-je ? Le monde m’aime #ChevillesQuiEnflent), tu m’as peut-être entendu plusieurs fois fustiger un mystérieux roman. Eh bah ce roman c’est Movie Star.

Oui, je sais. Consacrer une chronique (et donc son temps et son énergie) pour une œuvre qu’on dit mépriser est tout à fait stupide. Ainsi que peu productif.

Sauf qu’il me tient à cœur d’argumenter cette lecture qui m’a été, je le répète, très déplaisante, alors que le livre semble récolter de bonnes critiques sur le web.

Donc je le donne mon avis, même si dans l’absolu, tout le monde s’en fout comme de sa première dent (et si y’a des fétichistes des premières dents, et bah c’est pas ma faute !).

!)    Pourquoi ai-je lu Movie Star ?

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La couverture. Je me fais toujours avoir par les couvertures (je me rappelle du jour où je me suis fait arnaquer par la pomme rougeoyante de Twilight. Non, je n’avais pas capté qu’il y aurait des vampires, alors vos gueules bande de mouettes !).

Celle de Movie Star est très tape-à-l’œil, très girly avec son esthétisme emprunté aux plus grands magazines féminins, style Elle, Vanity Fair, ce genre de littérature.

Et puis on m’a dit que c’était parfait pour lire à la plage. Moi bonne pomme, j’achète. Je me rendais en Australie, j’avais une vingtaine d’heures à tuer justement. Puis en Australie, y’a des plages et…

Et enfin voilà. Je m’attendais à une comédie romantique teintée de chick-lit. Un croisement entre Bienvenue à Austenland et Le diable s’habille en Prada, je me suis finalement retrouvée avec de la new romance.

Qu’est-ce que la new romance ? Faisons court, faisons simple. Il s’agit de cul (du cul bien salé, mais souvent maladroit) avec comme trame de fond une relation abusive amoureuse entre une sainte-nitouche qui se la joue gourgandine avec un mâle alpha (de préférence wasp).

De quoi ça parle ?

D’une jeune et jolie parisienne, Ophélie, passionnée de cinéma qui a la chance de participer au festival de Deauville en tant qu’attachée-presse.

Attachée-presse de qui ? De Cate Blanchett.

Classe, hein ?

Oui, mais on s’en branle pas mal de Cate (déso, meuf) parce que ce qui obnubile Ophélie c’est la venue de la star-internationale-hyper-sexy-de-malade, j’ai nommé Michael Brown.

On est bien d’accord que si Cate Blanchett existe bel et bien, Michael Brown n’est que pure fiction. Et heureusement.

Vous allez voir.

 Non, mais si venez quoi)

Ophélie : typologie d’un personnage casse-couille

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Ophélie est belle. Canon. Et elle tiendra à vous le rappeler toutes les deux pages.

Ophélie adore Fifty Shades of Grey. (*s’en va vomir)

Ophélie a un chat. Roméo (oui, y’a beaucoup de félins dans la new romance, ils doivent se faire sponsoriser par Whiskas). Un matou qu’elle dit adorer mais dont elle ne s’occupe jamais. Cherchez l’erreur.

Ophélie a des amis. Dont une certaine Alexia qu’elle n’hésite pas à traiter de pétasse car la demoiselle en question porte du cuir et… et couche avec des mecs.

C’est beau le slut-shaming entre copines.

Ophélie est aussi une pro de la galoche. Elle aime bien embrasser. D’ailleurs elle nomme ses baisers légendaires les « Ophélie Kiss ».

Ophélie a rompu avec son ex sous prétexte qu’ils ne se disputaient jamais (si ça c’est pas de l’excuse qui pue du slibard !).

Puis surtout, Ophélie est amoureuse depuis toujours d’un acteur de cinéma. Un acteur du type George Clooney, Brad Pitt ou encore Tom Cruise, le grand, le beau, le très envoûtant, Michael Brown (on y reviendra, on y reviendra…).

On apprend qu’elle a vu tous ses films (elle possède l’intégrale en DVD la meuf ! Si, si, je vous jure ! Il semblerait que les films de Michael Brown soient introuvables sur le vénérable Netflix), qu’elle a attendu des heures sous la pluie aux Champs-Élysées quand elle était ado pour apercevoir le bel Apollon qui peuple ses rêves de pucelle, et qu’elle possède même sa biographie.

Moi qui me croyais obsédée par Robert Downey Jr, franchement, ch’uis large. (En plus les films de Robert Downey Jr sont quand même assez nuls, s’il avait fallu tous les visionner… euh…).

Ophélie, c’est l’archétype du personnage pas crédible et hyper énervant. La demoiselle a vingt-six ans. Ou Vingt-cinq. Disons que dans le roman, elle préfère dire qu’elle « va sur ses vingt-six », histoire de montrer qu’elle est adulte t’sais.

Ophélie est indépendante. Elle a un appartement, un chat, un petit-ami et un job. Un CDI je précise. La vie parfaite en somme. Sauf que je suis d’avis qu’elle a dégoté ce boulot d’attachée-presse dans un Kinder Surprise, tellement la meuf, elle est pas professionnelle du tout.

En effet. Lors du festival de Deauville, au lieu de s’occuper de Cate Blanchett et de se concentrer sur ses fonctions (faut quand même lui rappeler qu’elle n’est pas en vacances, hein), Ophélie est en proie à d’autres tourments.

Oui, Ophélie se demande comment elle va pouvoir pécho Michael Brown, son crush depuis sa plus tendre enfance.

C’est légitime de vouloir pécho une star de cinéma. J’veux dire… bon… la plupart du temps on a pas affaire à des thons albacore d’Atlantique Nord. Mais meuf, tu bosses pour Cate Blanchett !

Donc Ophélie se plaint, Ophélie fait des caprices. Elle pleure, elle gémit, se montre exécrable avec tout le monde. En bref, Ophélie a de nouveau quinze ans. Gênant. Même moi j’aurais plus de dignité si je me trouvais à quelques mètres de Robert (en fait non).

Michael Brown : l’acteur censé faire valser ta petite-culotte dans les airs, mais qu’en fait, pas du tout 

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Qui est donc Michael Brown ? Eh bien… pour faire bref, Michael Brown est une enflure. Un tard-bâ (comme dirait Cyril Hanouna, homme de lettres des temps modernes) de première catégorie.

La première apparition du personnage est décevante. Il pénètre dans l’hôtel, Ophélie le voit (et mouille sa culotte par l’occasion), il porte des lunettes de soleil (bah ouais, movie star jusqu’au bout le gonz) et… il gueule. On ne sait pas trop pourquoi il gueule, mais il fait un esclandre et exige d’avoir un autre attaché-presse.

Pourquoi donc ? Bah parce que dans le monde de Michael Brown, disposer d’une attachée presse, c’est mieux. Elles sont plus compétentes, se justifie-t-il. Traduire : elles sont plus baisables.

Ophélie propose son aide (tu m’étonnes) et le très beau, le très pénétrant (question pénétration, je voudrais pas vous spoiler, mais il s’y connaît) Michael Brown accepte. On sent dès le début qu’il se passe quelque-chose entre eux, c’est presque trop facile.

S’en suit des scènes sans queue (enfin si, mais…) ni tête. Michael Brown qui monnaye un baiser, Michael Brown qui danse avec Ophélie en boîte de nuit, Michael Brown qui va au cimetière avec Ophélie (oui, non, c’est pas très sexe, j’admets), Michael Brown qui se ballade à poil devant Ophélie, et enfin (mon préféré) Michael Brown qui écrit un livre porno en l’honneur d’Ophélie.

Tant de romantisme… j’en suis bouleversée.

Michael Brown possède toute la panoplie du mec détestable. Il sait qu’il est renversant et il en joue. Mais ce qui me chiffonne perso, ce sont ses répliques que je ne trouve pas très crédibles (Aucune situation présentée dans ces trois tomes n’est crédible. Il s’agit réellement d’un concentré what zeuh fuck jusqu’au bout, quoique j’ai trouvé le dernier tome un poil plus digeste que les deux autres).

Concernant les répliques de Michael Brown donc.

Il gueule dans tout l’hôtel qu’il est hétéro et que par conséquent, il désire une attachée-presse. (Mec, qu’est-ce qu’on s’en fout de la vie de ton sexe honnêtement ?)

Il taquine assez lourdement Ophélie. Style : « Ophélie, embrassez-moi », « Ophélie lisez donc à voix haute ce passage de cul que je puisse m’exciter la nouille tranquillement » « Ophélie, je vous plais, hein ? Oh oui, je vous plais ! »

Puis comme tout le monde s’en doute, les deux finissent par copuler férocement.  Bien évidemment, Michael Brown, fidèle au cliché new romance, s’évapore après l’éjaculation (parce qu’un amant gentil et prévenant, ce n’est pas bandant, donc Michael Brown se casse dès le lever du jour et ne s’occupe jamais d’Ophélie). Le lecteur comprend qu’il y a un truc pas clair dans le schmilblick, mais pas Ophélie. D’où cette envie de lui foutre des tartes à une cadence stakhanoviste.

Autre chose qui m’a gênée, Michael Brown, supposément ce qu’on appelle un A-list actor, se la coule douce tout au long des trois romans. On parle d’une célébrité de premier plan, merde ! Eh bah non, vous serez ravie d’apprendre qu’à part niquer, boire ou fumer, Michael Brown ne glande pas grand-chose. Si parfois il envoie des mails et fait du sport.

Puis les cheveux de Michael Brown. Les cheveux putain. Détail tragique s’il en est ! Je n’ai jamais su s’il était brun, blond, ou poivre-et-sel ce con. Apparemment, Alex Cartier ne le sait pas non plus. Et moi j’ai galéré à me l’imaginer. 

Alex Cartier : ce que veulent les femmes

C’est marrant parce que l’auteur est un homme (ça en revanche, je l’ai pas vu venir). Un homme qui explique avoir voulu se mettre dans la tête d’une femme. Donc il a lu Marie-Claire, Vogue, ce genre d’idioties. Parce qu’apparemment ces magazines sont de merveilleux indicateurs de la femme d’aujourd’hui.

Oui la femme d’aujourd’hui sous la plume d’Alex Cartier porte du Zara, parle cul-baise-sexe dès qu’elle en a l’occasion et ne peut pas vivre sans son IPhone.

Very reductive.

Je n’ai pas eu l’impression d’avoir eu affaire à une femme-qui-pourrait-potentiellement-être-ma-bestie avec Ophélie, mais plutôt à une cruche. Une gamine pas fichue de faire son boulot correctement à cause des humeurs de son clitoris.

Qu’elle veuille vivre sa sexualité d’accord, qu’elle veuille s’enjailler avec ce débilos de Michael Brown, m’oui, mais épargnez-nous le portrait de la donzelle écervelée. Siouplé.

Parlons des scènes de cul, tiens. Elles sont longues, crues et ridicules. Racontées de manière très mécanique. Sous la plume d’Alex Cartier, la baise devient aussi excitante et brûlante qu’une vidange chez le garagiste.

Malgré un revirement soudain à la fin du second tome, et malgré un suspense non négligeable lors du troisième tome (qui tourne vraiment au glauque), Movie Star n’est qu’une succession de scènes creuses mettant en scène des personnages creux.

Mention spéciale à Laure, ni drôle, ni fantasque, juste plate et énervante. Laure, la meilleure amie d’Ophélie. Laure qui a le feu au string les trois-quarts du temps. D’accord, je sais, il s’agit de la new romance, j’aurais dû tout simplement fermer le livre et lire autre chose. Mais je ne comprends pas cette manie de vouloir à tout prix affubler l’héroïne d’une pineco dévergondée.

Mais parlons aussi de Charlie. Le frère de Michael Brown. Tu le sens venir le triangle amoureux daubé jusqu’à la moelle ? Sur ce point, Alex Cartier arrive à faire quelque-chose d’assez intéressant et est même parvenu à me mener en bateau plusieurs fois (ça tombe bien pour un roman qui se déroule en partie sur un yacht et sur les canaux de Venise). Sauf que Charlie quoi ! Aucun charisme, le gonz ! Même son tard-bâ de frère est plus attachant que cette sorte de guimauve. Charlie c’est le mec propret, le mec gentil. Le mec qui n’a pas de convictions limite (il accepte un date avec Laure pour lui faire plaisir). Je n’ai rien contre les mecs gentils, j’aurais même plutôt tendance à les aimer, mais Charlie quoi.

Bref, Alex Cartier, déjà pardon.

Pardon d’avoir été aussi sévère, mais fallait que ça sorte au bout d’un moment.

Je n’ai pas aimé Movie Star, voilà, c’est comme ça. Ça avait tout pour me botter et ce fut au final un carambolage (vu que vous faites référence à Drive, c’est raccord).

Pour moi, ce roman est un gros raté malgré un pitch prometteur.

Alex Cartier, vous devez me prendre pour une frustrée pas fichue de se faire publier. Bam ! Vous marquez un point. Mais non (enfin si. Je ne suis pas publiée, mais question frustration, je me soigne y paraît), je maintiens ce que j’ai dit, Movie Star, c’est du nawak.

Alex Cartier, apparemment vous êtes familier du milieu. Vous avez rencontré des stars, vous avez participé au festival de Deauville. D’ailleurs, l’ambiance de Deauville, l’effervescence des projecteurs, l’épreuve du tapis rouge, les interviews, ces moments-là sont très bien retranscris dans le roman. Peut-être l’un des seuls aspects positifs de Movie Star à bien y regarder, ainsi que le côté thriller du troisième opus. Oui, je vous le concède, le troisième opus m’a agréablement surprise.

Alex Cartier, puisque justement, vous semblez avoir des contacts, faisons un deal, voulez-vous Le numéro de Robert Downey Jr contre une critique positive. #JeSuisUneVendue

Verdict ?

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Baromètre du Love :  45%

Baromètre du cul : 60%

Baromètre de l’histoire-qui-part-complètement-en-zgeg : 95%

Baromètre général : 35%

Certifié aussi moisi qu’un roquefort qui a passé trois mois en dehors du frigo

*Mais après je dirais que ça dépend aussi de votre système digestif. Certains aimeront, d’autres non.

 

EDIT : l’instant rassrah

En fait Alex Cartier a lu ma chronique. Non, je ne suis pas célèbre rassurez-vous. Mais il l’a lu parce que je l’ai ajouté sur Facebook. (Le jour où je deviens célèbre t’façon, je m’enroule dans du salami et je danse au clair de lune, je vous l’ai déjà dit)

La chronique l’a blessé, il me paraît donc légitime de lui présenter mes excuses. Que j’aime ou non son roman, il s’agit tout de même d’un travail. Un travail que j’ai sali avec mon humour pas drôle. Et on ne défèque pas sur les gens impunément.

Ça en a fait rire certains. Mais pas lui.

Vous vous rappelez de la polémique entre Ornella Fleury et Jonah Hill ? Eh bien je crois que c’est la même chose (sauf je ne suis pas aussi jolie que la miss météo, je vous préviens  direct ! Et puis bon, pas les même répercussions médiatiques non plus)

Voici ce qu’Ornella avait répondu à l’époque : « Sur le moment, les gens riaient donc je n'ai pas pris conscience qu'il était dans un mauvais délire. C'était assez dingue parce que je lui parlais des personnages de ses films et pas de lui personnellement. Ça m'a fait de la peine parce que je l'adore vraiment, ça faisait une semaine que je me réjouissais de le rencontrer et je pensais le faire rire en allant dans les mêmes délires que ses films. Mais pas du tout... J'étais davantage attristée de cette rencontre ratée que du buzz que ça a provoqué. »

Bon, dans mon cas y’a pas de buzz, hein. Je ne suis pas connue. Et Alex Cartier n’est pas un humoriste, donc j’avais encore moins de chance de le faire rire qu’Ornella. Mais à quelques mots près, c’est exactement la réponse que j’aimerais fournir à Alex Cartier.

Je pensais qu’il en rirait, je pensais m’adresser à un pote, ce n’est pas mon pote.

Ceci dit, je critique un roman, des personnages, une fiction. Pas la personne. Je ne connais pas la personne. Il s’agit d’une chronique qui ne se prend pas du tout au sérieux. À lire au trente-sixième degré.

Et puis qui suis-je ?

L’un est édité chez Belfond (et possède potentiellement le numéro de Robert Downey Jr #Humour #PuisqueJeVousDisQueJeRigole), l’autre gribouille sur un web magazine qui végète dans les bas-fonds d’internet.

La messe est dite, n’est-ce pas ?

 Comme le chantait si bien Raphael : « Ne partons pas fâchés, ça n’en vaut pas la peine tu sais… »

 

 Ahava