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Présentation de l’auteur :

Je suis bien obligée de vous la présenter, il se trouve qu’Amélie Antoine n’est pas membre du forum Jeunes Écrivains (#disgrâce) Donc allons-y.

Déjà, Amélie Antoine est une chatteuse. Non, mais vraiment. La meuf écrit Fidèle au poste en 2014, se mange refus sur refus, lance son roman en autoédition, et youpidou ! Best-seller mes cochons. Tu paries, je fais la même, j’en vends que deux exemplaires ? Tu paries ? Mais enfin. Amélie Antoine pond un bestseller, et bien sûr, Amélie Antoine se fait repérer par Michel Lafon. C’est donc avec Quand on a que l’humour que la success story continue. Et évidemment, on lui souhaite le meilleur. (Et si vous ne lui souhaitez pas le meilleur parce que vous êtes un indécrottable jaloux, faites au moins semblant, cimer)

 

Source: Externe

Le JE standard "ravi" de l'exploit d'Amélie Antoine

 

L’humour selon Amélie Antoine :

L’histoire est simple. Edouard Bresson est humoriste, Edouard Bresson est célèbre. À mi-chemin entre un Élie Kakou (mais vivant, oui, parce que sinon…) et un Gad Elmaleh (avant que celui-ci ne rêve d’une banque), Edouard Bresson mène au premier abord une vie pas trop dégueulasse.

Tu t’attends à rire ?

Tu t’attends à glousser en recrachant tes chips par le nez ?

C’est sans compter sur Amélie Antoine qui, visiblement, part dans un tout autre délire.

Déjà parce que dès le début, tu apprends qu’Édouard est bègue et qu’il se fait salement embêter par ses camarades de classe. Ensuite, parce que son frère, Jonathan, devient paraplégique après un accident. Et aussi parce que le père d’Edouard crève. Puis, la mère. Tiens, regarde un peu comment qu’elle crève la mère : « Monique avait rejoint son époux quelques années plus tard, sans doute lassée du quotidien monotone et solitaire qui s’était brutalement imposé (…) elle avait laissé un lymphome silencieux lui polluer le foie, la rate et les poumons, jusqu’à ce qu’il ne reste plus rien à gangrener, le tout sans un mot plus haut que l’autre. »

 

Source: Externe

Hihi, mais quelle grosse darka, les amis! 

 

Que raconte l’histoire ?

De comment t’as le seum, même en étant riche et célèbre. De comment tout le monde peut t’aimer d’amour mais que tu t’en fous, parce que toi ce qui compte, c’est de recevoir un texto (rien qu’un putain de texto, les gars !) de ton fiston et d’aller te ressourcer en Alsace avec ton frère, parce qu’on sous-estime trop souvent les bienfaits d’un bretzel et d’une flammenküeche. Voilà. Mais en même temps, Edouard Bresson a raison d’avoir le seum. Sa vie est compliquée. Il a vécu des traumatismes étant plus jeune. On le force à réciter des poésies de Jacques Prévert et ça, déjà, c’est inacceptable. Il faut arrêter avec Jacques Prévert, je m’insurge. C’est dix ans de psychanalyse à tous les coups ! 

Après, Edouard, bon… il est pas gâté aussi avec un père ouvrier syndicaliste. Son paternel, si tu veux, c’est le genre à beugler chanter L’internationale tout en chérissant Marx et son Capital.

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Du passé, faisons table en marbre ? Pas pour Édouard, qui décidément, ne se reconnaît pas dans les aspirations prolétaires de son père. Édouard veut réussir, Édouard veut dépasser sa condition socioculturelle, que dis-je ? Son milieu transindividuel. Parce qu’Edouard le sait, l’existence précède l’essence, et donc il va dire fuck à son père et fuck à son avenir d’ouvrier. Parce qu’Edouard, ça le fait chier le charbon, et qu’il a un peu envie de se faire du blé. C’est humain, on ne juge pas.

Mais bon, s’il n’y avait que le père…

La génitrice n’est pas en reste, oh que non. La mère d’Édouard, la douce Monique (en fait, je ne sais pas si elle est douce, je ne la connais pas tant que ça), bref, elle écoute du Eddy Mitchell et du Joe Dassin. Tu m’étonnes qu’Edouard galère dans sa vie d’adulte. Je veux dire, c’est le genre d’expérience qui te brise au plus profond de ton être. Je suis bien placée pour en parler, ma mère me faisait écouter du Dalida quand j’étais petiote (je connais les paroles de Gigi l’amoroso par cœur et j’imite très bien l’accent de la jolie Égyptienne : « Gigi ? C’est twah là-bas dans le noirRh ? Mais… mais tu pleures, Gigi ! » j’arrête ici, sinon je vous fais tout le couplet et on n’est pas rendus)

Toujours est-il qu’avec un tel bagage émotionnel, c’est difficile de se reconstruire après. Merci papa, merci maman.

Sache Edouard que je compatis vivement parce que vois-tu, cette histoire de « pas de boogie-woogie avant vos prières du soir », c’est de la connerie.

 

Points forts et points chelou du récit :

— J’aime la façon dont les chapitres se répondent et se tiennent la main au fil du texte. C’est une trouvaille au demeurant sympathique et originale, ça donne de la tessiture au texte (Ahava vient de se transformer en coach de The Voice #JeVousVeuxDansMonÉquipe)

— Le style. Parce qu’au moins Amélie Antoine a un style et on évite la douloureuse succession de platitudes qui me font immanquablement refermer un livre.

— Des scènes et des images émouvantes. Que ce soit le ballon qui s’envole dans le ciel ou le fils qui embrasse le poster de son père. Sniff.

Mais comme je suis un vilain crapaud à mes heures perdues, certaines choses m’ont gênée.

 — Edouard Bresson au Stade de France ? Je ne dis pas que c’est impossible, je crois que Jean-Marie Bigard l’a fait, mais paye ton acoustique pourave. Bercy (euh pardon, l’AccorHotels Arena) me semble plus crédible.

— Son manager espère réellement vendre deux millions de DVD en 2017 ? En plein règne du téléchargement illégal et du streaming ?

— Buzz l’éclair est overrated as fuck.

— La seconde partie du roman…j'arrive pas à me décider si c'est extrêmement guimauve ou extrêmement émouvant.

— J’ai pas compris l’histoire de l’écharpe perdue. Y’avait vraiment pas d’autres moyens pour pécho Magda ?

 

Ce que le roman essaie de te dire :

— La tune, ça ne suffit pas pour être heureux, mais ça te permet quand même d’avoir un pass illimité chez Disneyland.

— On a tous un papa qui nous aime (apparemment).

— Il fait pas de bruit le bonheur, non, il est con le bonheur ! Et c’est souvent après qu’on sait qu’il était là (Edouard Bresson en fera les frais, il avait qu’à écouter du Christophe Maé, j’y peux rien, hein).

— Si tu cours après le succès, d’une manière ou d’une autre, ta famille te fera chier et t’empêchera de savourer pleinement tes victoires.

 

Verdict :

Je balance, je balance, mais c’est vrai qu’Amélie Antoine nous offre un très beau récit, bien écrit, bien pensé. Un travail soigné et solide, en somme. 

Je mets 80% parce que ce serait bâtard de mettre moins.

Mais faut quand même que je vous mette en garde. Ce roman c’est rassrah sur rassrah. 

Source: Externe

Toi, moi, le monde entier, à la fin du roman d'Amélie Antoine

Non, je pleure pas, c'est toi qui pleure !

 

Michel LAFON - Quand on n'a que l'humour..., Amélie Antoine

Amélie Antoine a connu un immense succès avec Fidèle au poste, d'abord sur Internet puis aux éditions Michel Lafon en 2016. Son nouveau roman, Quand on n'a que l'humour..., confirme un talent original et une fine analyse des sentiments humains.

http://www.michel-lafon.fr